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- Écrit par : Romain Gourmand
- Catégorie : Daoïsme
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Apprendre à visualiser son paysage intérieur
Une carte pour entrer dans le paysage du corps
La Carte du Paysage Intérieur, Nèi Jīng Tú 內經圖, (littéralement la Carte du Classique Interne), n’est pas une illustration symbolique parmi d’autres. Elle est une porte d’entrée dans l’expérience intérieure.
Sous la forme d’un paysage montagneux épousant la silhouette humaine, elle enseigne une chose essentielle : le corps n’est pas une mécanique, mais un territoire sacré.
Montagnes, rivières, champs, ponts, palais et astres composent cette géographie subtile. La colonne vertébrale devient chaîne montagneuse. Les Dāntián deviennent des bassins d’énergie. Le souffle circule comme la Voie Lactée.
Contempler la Carte du Nèi Jīng Tú, c’est déjà commencer à entrer dans la pratique.

Une préparation au Cún Sī 存思
Dans la tradition daoïste, la méditation par visualisation, Cún Sī 存思, “conserver et contempler intérieurement”, consiste à habiter le corps comme un sanctuaire vivant. La Carte du Nèi Jīng Tú est un support privilégié de cette pratique. Elle apprend à visualiser les palais internes, à sentir la circulation ascendante et descendante du souffle, à localiser les champs de cinabre et à comprendre le mouvement du courant inversé. Avant même d’être technique, elle est pédagogique : elle forme l’imaginaire énergétique. Là où la médecine chinoise décrit des fonctions, la Carte du Nèi Jīng Tú les rend visibles.
Une carte du raffinement alchimique
La carte décrit le processus de raffinement intérieur (liàn 煉) :
Raffiner l’Essence (Jīng 精), la transformer en Souffle (Qì 氣), l’élever en Esprit (Shén 神), puis retourner à la Vacuité.
Les scènes figurées comme les enfants actionnant la roue hydraulique, le buffle tirant le chariot, l’eau qui descend puis remonte, illustrent les mécanismes du travail interne.
Un vers du Nèi Jīng Tú évoque le mouvement à rebours : « les ignorants suivent la pente naturelle vers la dispersion ; les sages inversent le courant pour retrouver la Source. »
La Nèi Jīng Tú enseigne ainsi le principe fondamental de l’alchimie interne : remonter le fleuve du destin biologique.
Une œuvre au croisement des traditions
Bien que fondamentalement daoïste, la carte porte l’empreinte du dialogue entre les Trois Sagesses.
Le Niwán 泥丸, du sanskrit nirvana, la Pilule de Boue du sommet crânien, évoque autant la physiologie subtile daoïste que l’idée d’éveil spirituel. Le corps devient temple, montagne sacrée, et lieu de réalisation. Cette profondeur symbolique en fait un outil aussi précieux pour l’étudiant en médecine chinoise, le pratiquant de Qì Gōng et le chercheur en traditions spirituelles.
Une clé parmi quatre cartes majeures
La Carte du Nèi Jīng Tú n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un ensemble cohérent de cartes alchimiques :
- Nèi Jīng Tú內經圖 : apprendre à visualiser son paysage intérieur.
- Xiū Zhēn Tú 修真圖 : connaître les canaux, passages et mécanismes précis de transformation.
- Huǒ Hòu Tú 火候圖 : comprendre l’intensité du feu (du travail interne), le rythme du travail selon les cycles et les jours de l’année.
- Xīn Xìng Tú 心性圖 : l’art de la méditation apaisée, qui concentre et intègre l’enseignement des trois premières cartes.
La Nèi Jīng Tú est la première porte : celle de l’imaginaire énergétique.
Le kakémono : un support vivant d’enseignement
Accrochée dans un cabinet, une salle de pratique ou un lieu d’étude, la Carte du Nèi Jīng Tú devient nn support pédagogique pour expliquer les Dāntián et l’orbite microcosmique, un appui pour la méditation Cún Sī, un rappel quotidien de la dimension sacrée du corps.
Le format kakémono permet de retrouver la verticalité originelle de la carte, respectant sa dimension contemplative.
Plus qu’un objet décoratif, c’est un outil de transmission.
Pour aller plus loin
Dans son ouvrage Voyage dans les Cartes du Corps Daoïste, Romain Gourmand propose une traduction et un commentaire détaillé des inscriptions et symboles de la Carte du Nèi Jīng Tú, mettant en lumière leur dimension alchimique et opérative.
Mais la carte elle-même reste un maître silencieux. Il suffit parfois de la contempler longuement… pour que le paysage intérieur commence à apparaître.
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Les Huit Grandes Incantations 八大咒 Bā Dà Zhòu occupent une place essentielle dans la liturgie daoïste. Elles sont récitées quotidiennement dans les temples, mais aussi par les pratiquants de Qìgōng, de méditation ou d’alchimie interne. Leur fonction est de purifier, d’harmoniser et de protéger : le Cœur, la parole, le corps, l’espace, la Terre, la Montagne, l’Encens et la Lumière intérieure.
Ces incantations conjuguent éthique, protection rituelle et transformation spirituelle. Elles rappellent que la cultivation daoïste n’est pas seulement un travail énergétique, mais un engagement profond avec le monde invisible : divinités des organes, esprits de la nature, gardiens célestes, talismans, Pureté originelle, Lumière d’Or.
Chaque zhòu agit comme une clé qui ouvre un espace intérieur.
Elles apaisent les pensées, clarifient le souffle et renforcent l’alignement entre l’être humain et le Dào. Leur récitation régulière établit une atmosphère de rectitude, dissipe les influences troubles, stabilise le Qì et rappelle au pratiquant son lien à la lignée spirituelle.
Ce corpus forme un ensemble cohérent : purification de soi, protection des lieux, harmonisation du Ciel et de la Terre, puis activation de la Lumière d’Or et du Mystère. Chaque incantation est une étape dans le chemin de la clarté, de la présence et de la rectitude intérieure.
1. 淨心神咒
Jìng Xīn Shén Zhòu
Incantation de la Purification du Cœur
太上台星 應變無停
Tàishàng Táixīng, yìngbiàn wú tíng
La Suprême Terrasse d'Etoiles répond et transforme sans cesse.
驅邪縛魅 保命護身
Qūxié fùmèi, bǎomìng hùshēn
Elle chasse les forces néfastes et protège vie et corps.
智慧明淨 心神安寧
Zhìhuì míngjìng, xīnshén ānníng
La sagesse brille limpide et l’esprit devient paisible.
三魂永久 魄無喪傾
Sānhún yǒngjiǔ, pò wú sàngqīng
Les trois Hún demeurent éternels, les Pò ne déclinent pas.
2. 淨口神咒
Jìng Kǒu Shén Zhòu
Incantation de la Purification de la Bouche
丹朱口神 吐穢除氛
Dānzhū Kǒushén, tǔhuì chúfén
Ô Esprit de la Bouche Dan Zhu : dissipe impuretés et miasmes.
舌神正倫 通命養神
Shéshén Zhènglún, tōngmìng yǎngshén
Esprit de la Langue Zheng Lun : relie à la destinée, nourrit l’Esprit.
羅千齒神 卻邪衛真
Luóqiān Chǐshén, quèxié wèizhēn
Esprit des Mille Dents : repousse le mal, protège le vrai.
喉神虎賁 氣神引津
Hóushén Hǔbēn, qìshén yǐnjīn
Esprit de la Gorge Hu Ben : le Qì guide les fluides.
心神丹元 令吾通真
Xīnshén Dānyuán, lìng wú tōngzhēn
L’Esprit du Cœur Dan Yuan m’ouvre au Vrai.
思神鍊液 道炁常存
Sīshén Liànyè, Dào qì chángcún
L’Esprit des Pensées raffine les liquides : le Qì du Dào demeure.
3. 淨身神咒
Jìng Shēn Shén Zhòu
Incantation de la Purification du Corps
靈寶天尊 安慰身形
Língbǎo Tiānzūn, ānwèi shēnxíng
Le Vénérable Ling Bao apaise la forme corporelle.
弟子魂魄 五臟玄冥
Dìzǐ húnpò, wǔzàng xuánmíng
Les âmes du disciple et les cinq organes reposent dans le Mystère.
青龍白虎 隊仗紛紜
Qīnglóng Báihǔ, duìzhàng fēnyún
Dragon Azur et Tigre Blanc déploient leurs cortèges.
朱雀玄武 侍衛吾真
Zhūquè Xuánwǔ, shìwèi wúzhēn
Oiseau Vermillon et Guerrier Mystérieux protègent le Vrai en moi.
4. 安土地咒
Ān Tǔdì Zhòu
Incantation de la Pacification de la Terre
元始安鎭 普告萬靈
Yuánshǐ ānzhèn, pǔgào wànlíng
Yuan Shi apaise et informe tous les esprits.
岳瀆真官 土地祇靈
Yuèdú zhēnguān, tǔdì qílíng
Montagnes, rivières et génies terrestres sont avertis.
左社右稷 不得妄驚
Zuǒshè Yòujì, bùdé wàngjīng
Divinités des Sols et des Grains : ne soyez ni troublées ni effrayées.
回向正道 內外澄清
Huíxiàng zhèngdào, nèiwài chéngqīng
Que tout revienne vers la Voie droite, pur dedans comme dehors.
各安方位 備守壇庭
Gè ān fāngwèi, bèishǒu tántíng
Chacun demeure à sa place, gardant la plateforme rituelle.
太上有命 搜捕邪精
Tàishàng yǒumìng, sōubǔ xiéjīng
Le Suprême commande de capturer les essences maléfiques.
護法神王 保衛誦經
Hùfǎ Shénwáng, bǎowèi sòngjīng
Les Gardiens protègent la récitation des Écritures.
皈依大道 元亨利貞
Guīyī Dàdào, yuánhēng lìzhēn
Refuge dans le Grand Dào : origine, prospérité, rectitude.
5. 淨天地神咒
Jìng Tiāndì Shén Zhòu
Incantation de la Purification du Ciel et de la Terre
天地自然 穢氣分散
Tiāndì zìrán, huìqì fēnsàn
Le Ciel et la Terre sont l’Ainsité, les impuretés se dispersent.
洞中玄虛 晃朗太元
Dòngzhōng xuánxū, huǎnglǎng Tàiyuán
Dans la Grotte : Vide mystérieux et radieuse Grande Origine.
八方威神 使吾自然
Bāfāng wēishén, shǐ wú zìrán
Les Huit Gardiens me ramènent à l’Ainsité.
靈寶符命 普告九天
Língbǎo fúmìng, pǔgào jiǔtiān
Le talisman de Ling Bao proclame dans les Neuf Cieux.
乾羅達那 洞罡太玄
Qiánluó Dánà, dònggāng Tàixuán
Qian Luo Da Na – la Grotte de la Grande Ourse Mystérieuse.
驅妖縛邪 敕鬼萬千
Qūyāo fùxié, chì guǐ wànqiān
Chasser les démons, ordonner à des myriades de fantômes.
6. 中山神咒
Zhōng Shān Shén Zhòu
Incantation de l’Esprit de la Montagne Centrale
元始玉文 持誦一遍
Yuánshǐ yùwén, chí sòng yíbiàn
Les Écritures de Jade de Yuan Shi : récitez-les une fois.
卻病延年
Quèbìng yánnián
Elles dissipent les maladies et prolongent la vie.
按行五岳 八海知聞
Ànxíng Wǔyuè, bāhǎi zhīwén
Les Cinq Montagnes et les Huit Mers répondent.
魔王束首 侍衛吾軒
Mówáng shùshǒu, shìwèi wúxuān
Le Roi des Démons se soumet et protège mon autel.
凶穢消散 道炁常存
Xiōnghuì xiāosàn, Dào qì chángcún
Les maléfices se dissipent ; le Qì du Dào demeure.
7. 祝香咒
Zhù Xiāng Zhòu
Incantation de la Prière de l’Encens
道由心學 心假香傳
Dào yóu xīnxué, xīn jiǎ xiāngchuán
Le Dào s’étudie par le Cœur ; le Cœur transmet par l’Encens.
香焚玉爐 心存帝前
Xiāngfén yùlú, xīn cún dìqián
L’encens brûle dans le brûle-parfum de jade ; le Cœur se tient devant le Souverain.
真靈下盼 仙旆臨軒
Zhēnlíng xiàpàn, xiānpèi línxuān
Les Divinités contemplent ; les bannières des Immortels descendent.
弟子關告 逕達九天
Dìzǐ guāngào, jìng dá jiǔtiān
Les prières du disciple montent jusqu’aux Neuf Cieux.
8. 金光神咒
Jīn Guāng Shén Zhòu
Incantation de la Lumière d’Or
天地玄宗 萬炁本根
Tiāndì xuánzōng, wànqì běngēn
Le Ciel et la Terre, ancêtres du Mystère : racine des dix mille souffles.
廣修億劫 證我神通
Guǎngxiū yìjié, zhèng wǒ shéntōng
À travers d’innombrables éons, se révèle ma connexion spirituelle.
三界內外 惟道獨尊
Sānjiè nèiwài, wéi Dào dúzūn
Dans les trois Mondes, seul le Dào est suprême.
體有金光 覆映吾身
Tǐ yǒu jīnguāng, fùyìng wúshēn
Mon corps est enveloppé de Lumière d’Or.
視之不見 聽之不聞
Shì zhī bùjiàn, tīng zhī bùwén
Invisible au regard, inaudible à l’oreille.
包羅天地 養育群生
Bāoluó tiāndì, yǎngyù qúnshēng
Elle englobe ciel et terre, nourrissant toute vie.
誦持萬遍 身有光明
Sòngchí wànbian, shēn yǒu guāngmíng
Récitée dix mille fois, elle illumine le corps.
三界侍衛 五帝司迎 萬神朝禮
Sānjiè shìwèi, Wǔdì sāiyíng, wànshén cháolǐ
Les trois Mondes protègent, les Cinq Souverains accueillent, les Dix Mille Esprits se prosternent.
役使雷霆 鬼妖喪膽
Yìshǐ léitíng, guǐyāo sàngdǎn
La foudre obéit ; fantômes et démons s’effraient.
精怪忘形 內有霹靂 雷神隱名
Jīngguài wàngxíng, nèi yǒu pīlì, Léishén yǐnmíng
Les esprits maléfiques perdent forme ; la foudre intérieure tonne ; le Dieu du Tonnerre demeure caché.
五炁騰騰 金光速現 覆護真人
Wǔqì téngténg, jīnguāng sùxiàn, fùhù zhēnrén
Les Cinq Qì s’élèvent ; la lumière d’or apparaît ; elle protège le pratiquant accompli.
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Lexique alphabétique
Version du 19.08.2025
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La genèse du multiple
Texte chinois
道生一,一生二,二生三,三生萬物。
萬物負陰而抱陽,沖氣以為和。
人之所惡,唯孤寡不穀,而王公以為稱。
故物或損之而益,或益之而損。
人之所教,我亦教之。強梁者不得其死,吾將以為教父。
Proposition de traduction
Le Dào engendre l’Un,
l’Un engendre le Deux,
le Deux engendre le Trois,
le Trois engendre les dix mille êtres.
Les êtres portent le Yīn en leur dos et embrassent le Yáng,
et de leur souffle mêlé naît l’harmonie.
Ce que les hommes abhorrent — être seul, orphelin, dénué de mérite —
les rois et princes l’utilisent pourtant comme titres de noblesse.
Ainsi, parfois, en diminuant on gagne,
et parfois, en augmentant, on perd.
Ce que les hommes enseignent, je l’enseigne aussi :
« Celui qui est dur et violent ne mourra pas d’une bonne mort. »
Je fais de cette parole mon maître en enseignement.
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Un vieil homme vivait au pied d’une immense montagne.
Elle bloquait le chemin et lui faisait faire chaque jour un grand détour.
Un matin, il prit une pelle et déclara :
— Je vais déplacer cette montagne.
Les voisins rirent :
— Tu es fou ! Tu n’y arriveras jamais !
Le vieil homme répondit :
— Si je n’y arrive pas, mes enfants continueront. Et leurs enfants après eux. Un jour, elle ne sera plus là.
Les dieux du ciel, émus par sa ténacité, envoyèrent deux immortels…
Et la montagne fut déplacée d’un seul souffle.
