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- Écrit par : Romain Gourmand
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L’art de pacifier le Cœur et révéler la Nature
La Carte du Cœur et de la Nature, Xīn Xìng Tú 心性圖, occupe une place singulière parmi les grandes cartes d’alchimie interne.
Là où le Nèi Jīng Tú enseigne à visualiser le paysage intérieur, où le Xiū Zhēn Tú structure les mécanismes de transformation, où le Huǒ Hòu Tú règle l’intensité du feu et le rythme du travail, la Carte du Xìng Xīn Tú ramène tout à l’essentiel :
pacifier le Cœur (Xīn 心) pour révéler la Nature profonde (Xìng 性).
Elle n’est pas une carte de circulation.
Elle n’est pas une carte de dosage.
Elle est une carte de clarification.
Le Xīn Xìng Tú est une carte profondément introspective et spirituelle, qui vise à guider le pratiquant vers une maîtrise émotionnelle et une harmonisation du Cœur et de la Nature véritable. Elle est moins connue car elle est plus spécifique aux écoles et lignées centrées sur la cultivation spirituelle intérieure, plutôt que sur les processus énergétiques ou corporels visibles dans des cartes comme le Nèi Jīng Tú.

Cœur et Nature : une distinction fondamentale
Dans la pensée daoïste – mais aussi dans le dialogue avec le bouddhisme et le néo-confucianisme – une distinction subtile est opérée :
- Xīn 心, le Cœur-esprit : siège des émotions, des pensées, des mouvements mentaux.
- Xìng 性, la Nature originelle : pure, lumineuse, antérieure aux fluctuations.
Le Xīn est mouvant.
Le Xìng est stable.
Lorsque le Cœur s’agite, la Nature est voilée.
Lorsque le Cœur se clarifie, la Nature apparaît d’elle-même.
La Carte du Xìng Xīn Tú représente cette dynamique intérieure. Elle montre que l’alchimie ne consiste pas seulement à faire circuler le Qì, mais à apaiser l’esprit jusqu’à laisser transparaître la clarté originelle.
Une carte de méditation apaisée
Si le Nèi Jīng Tú prépare au Cún Sī 存思, la visualisation intérieure, la Carte du Xīn Xìng Tú enseigne une étape plus subtile : l’assise tranquille, la méditation sans agitation.
Elle rejoint l’enseignement du qīngjìng 清靜 – la pureté et la quiétude. Ici, le travail n’est plus d’intensifier le feu, ni de guider le souffle, mais de laisser se déposer les pensées, calmer les émotions, stabiliser l’attention, demeurer dans la clarté simple.
C’est la maturation silencieuse de l’alchimie.
La gravure au centre de la carte représente le caractère 寿 (Shòu), signifiant longévité.
Le royaume intérieur : une allégorie du gouvernement du Cœur
LaCarte du Xīn Xìng Tú 性心圖 ne se contente pas de proposer une méditation abstraite.
Elle s’inscrit dans une tradition doctrinale précise, que résume un dialogue classique :
L'Empereur Mystique du Ciel demanda : « Où se trouve la demeure du Dào ? »
Le Grand Suprême répondit : « Le cœur (心 xīn) est cette demeure, et la nature véritable (性 xìng) est le Dào. »
Tout est dit.
Le Dào ne se cherche pas hors du monde.
Il ne se trouve pas dans un lieu secret du corps.
Il réside dans la nature véritable, et sa demeure est le cœur humain.
La carte devient alors une carte politique intérieure.
« La pureté et la discipline sont les remparts qui protègent cette demeure.
Les six racines (六根 liù gēn) représentent les six ministres principaux.
Les six poussières (六塵 liù chén) symbolisent six brigands violents.
Les six sens (六識 liù shí) sont les six portes d'entrée et de sortie. »
Nous retrouvons ici une structure issue du dialogue entre daoïsme et bouddhisme.
Les six racines (vue, ouïe, odorat, goût, toucher, mental) sont les ministres : elles gouvernent la perception.
Les six poussières (formes, sons, odeurs, saveurs, tangibles, objets mentaux) sont les brigands : elles captent l’attention et dispersent l’esprit.
Les six consciences sont les portes : elles permettent l’échange entre l’intérieur et l’extérieur.
La Carte du Xīn Xìng Tú enseigne que le problème n’est pas l’existence des sens,
mais leur désordre.
Lorsque les portes ne sont pas gardées, les brigands envahissent le royaume.
La Carte du Xīn Xìng Tú : une politique du silence
Ainsi, après avoir appris à visualiser avec le Nèi Jīng Tú, à structurer avec le Xiū Zhēn Tú,
à doser avec le Huǒ Hòu Tú, la Carte du Xīn Xìng Tú enseigne à gouverner. Non pas gouverner les autres, mais gouverner le royaume du cœur.
Elle nous rappelle que l’alchimie ultime n’est pas un phénomène énergétique spectaculaire. Elle est un état de clarté intérieure où la nature véritable se manifeste sans obstacle. Et dans ce silence stabilisé, la demeure du Dào est déjà là.
Intégrer les trois premières cartes
La Carte du Xīn Xìng Tú peut être considérée comme la synthèse des trois autres cartes majeures : le paysage du Nèi Jīng Tú devient intériorité vécue, la structure du Xiū Zhēn Tú cesse d’être mentale pour devenir expérience, le rythme du Huǒ Hòu Tú se stabilise dans une régulation naturelle. Elle ne remplace pas les autres cartes : elle les intègre.
Si les trois premières enseignent comment pratiquer, la Carte du Xīn Xìng Tú enseigne dans quel état d’esprit pratiquer.
Une œuvre au croisement des traditions
Comme les autres grandes cartes alchimiques, la Carte du Xīn Xìng Tú témoigne d’un dialogue profond entre traditions.
La notion de Nature originelle évoque la clarté intrinsèque du bouddhisme.
La rectification du Cœur rappelle les développements néo-confucéens.
La pratique du retour au Vide s’inscrit pleinement dans l’alchimie daoïste.
Le pratiquant ne cherche pas à créer quelque chose de nouveau. Il dissipe ce qui obscurcit ce qui est déjà là.
Le kakémono : un support de recentrage
Présentée en format kakémono, la Carte du Xīn Xìng Tú retrouve sa verticalité méditative. Accrochée dans un cabinet, une salle de pratique ou un lieu d’étude, elle devient un rappel visuel de la nécessité de calmer le Cœur, un support d’enseignement pour expliquer la différence entre agitation mentale et nature originelle, un appui silencieux pour la méditation quotidienne. Plus qu’un objet décoratif, elle agit comme un miroir.
Une clé parmi quatre cartes majeures
Les quatre grandes cartes alchimiques forment un ensemble cohérent :
- Nèi Jīng Tú 内經圖 : visualiser le paysage intérieur.
- Xiū Zhēn Tú 修真圖 : comprendre les canaux et les mécanismes.
- Huǒ Hòu Tú 火候圖 : doser l’intensité du feu et respecter les cycles.
- Xīn Xìng Tú 心性圖 : pacifier le Cœur pour révéler la Nature.
Si le Nèi Jīng Tú ouvre l’imaginaire, si le Xiū Zhēn Tú en donne la structure, si le Huǒ Hòu Tú en règle le tempo, la Carte du Xīn Xìng Tú en révèle le centre silencieux.
Pour aller plus loin
Dans son ouvrage Voyage dans les Cartes du Corps Daoïste, Romain Gourmand propose une lecture approfondie des grandes cartes alchimiques, mettant en lumière leur dimension opérative et contemplative.
Mais comme toute carte véritable, la Carte du Xīn Xìng Tú ne se comprend pleinement qu’en pratique.
Elle nous rappelle simplement ceci : La transformation ne dépend pas seulement du souffle ou du feu. Elle dépend d’un Cœur apaisé… où la Nature peut enfin se révéler.
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Comprendre l’intensité du feu et le rythme du travail intérieur
(Nom complet : Xiū Zhēn Nèi Wài Huǒ Hòu Quán Tú 修真内外火候全圖)
Une carte pour entrer dans le rythme du travail alchimique
La Carte du Feu et du Temps, Huǒ Hòu Tú 火候圖, n’est ni un paysage symbolique comme le Nèi Jīng Tú, ni une cartographie technique comme le Xiū Zhēn Tú. Elle est une carte du rythme.
Là où le paysage enseigne à voir, là où la structure enseigne à comprendre, la Carte du Huǒ Hòu Tú enseigne à doser.
Car en alchimie interne, connaître les centres et les passages ne suffit pas. Encore faut-il savoir quand activer le feu, quand le modérer, quand le laisser se stabiliser.
Contempler la Huǒ Hòu Tú, c’est commencer à entrer dans la temporalité de la pratique.

Une pédagogie du feu
Dans le langage courant, Huǒ Hòu 火候 désigne le degré de cuisson d’un mets. Dans l’alchimie interne (Nèidān 内丹), le feu représente l’intensité du travail intérieur :
Raffiner l’Essence (Jīng 精), la transformer en Souffle (Qì 氣), élever le Souffle en Esprit (Shén 神), puis retourner au Vide.
Mais ce processus ne peut être forcé. Trop de feu épuise le Jīng. Pas assez de feu ne transforme rien.
La Carte du Huǒ Hòu Tú enseigne la mesure. Elle montre que la transformation est un art du dosage.
Feu Interne et Externe
Le nom complet de la carte, Xiū Zhēn Nèi Wài Huǒ Hòu Quán Tú 修真内外火候全圖 (Carte Complète du Feu Interne et Externe pour la Cultivation de la Vérité), précise qu’il s’agit du feu interne et externe.
Interne : respiration, concentration, visualisation, circulation du Qì.
Externe : saisons, alternance jour-nuit, cycles lunaires et annuels.
La pratique ne se déroule pas hors du monde. Elle s’accorde aux rythmes du Ciel et de la Terre.
La carte rappelle que le pratiquant n’impose pas son feu : il l’accorde au mouvement cosmique.
L’alternance du feu doux et du feu intense
La tradition distingue le feu civil (wén huǒ 文火), doux et continu, et le feu martial (wǔ huǒ 武火), plus intense et concentré.
La Carte du Huǒ Hòu Tú enseigne leur alternance.
Comme dans la respiration : montée, stabilisation, descente.
Comme dans l’année : croissance, plénitude, décroissance, repos.
L’alchimie n’est pas une tension permanente. Elle est maturation progressive.
Une clé parmi quatre cartes majeures
La Carte du Huǒ Hòu Tú s’inscrit dans un ensemble cohérent de cartes alchimiques :
Nèi Jīng Tú 内經圖 : apprendre à visualiser son paysage intérieur.
Xiū Zhēn Tú 修真圖 : connaître les canaux, passages et mécanismes précis de transformation.
Huǒ Hòu Tú 火候圖 : comprendre l’intensité du feu, le rythme du travail selon les cycles et les jours de l’année.
Xīn Xìng Tú 心性圖 : l’art de la méditation apaisée qui concentre et intègre l’enseignement des trois premières cartes.
Si le Nèi Jīng Tú ouvre l’imaginaire, si le Xiū Zhēn Tú en donne la structure, la Carte du Huǒ Hòu Tú en révèle la temporalité vivante.
Le kakémono : un rappel du tempo intérieur
Présentée en format kakémono, la Carte du Huǒ Hòu Tú retrouve sa verticalité originelle.
Accrochée dans un cabinet, une salle de pratique ou un lieu d’étude, elle devient un support pédagogique pour expliquer les phases du travail alchimique, un appui pour comprendre les cycles saisonniers et leur influence sur la pratique, un rappel constant que la transformation exige patience et discernement.
Plus qu’un objet décoratif, elle est un régulateur silencieux.
Pour aller plus loin
Dans son ouvrage Voyage dans les Cartes du Corps Daoïste, Romain Gourmand propose une lecture détaillée des grandes cartes alchimiques, éclairant leurs inscriptions et leur dimension opérative.
Mais comme toute véritable carte, celle du Huǒ Hòu Tú ne remplace pas l’expérience.
Elle enseigne simplement ceci : la transformation n’est pas une question d’intensité… mais de justesse.
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Connaître les canaux et les mécanismes de la transformation
Une carte pour entrer dans la structure du travail intérieur
La Carte de la Culture de la Perfection, Xiū Zhēn Tú 修真圖, n’est pas un paysage symbolique comme le Nèi Jīng Tú. Elle est une carte technique.
Là où le paysage enseigne à voir, la Carte du Xiū Zhēn Tú enseigne à comprendre. Elle montre les passages, les centres, les circulations, les mécanismes précis par lesquels l’être humain transforme son énergie brute en réalité spirituelle.
Le corps n’y apparaît plus comme une montagne habitée, mais comme un système organisé de canaux, de champs et de portes.
Contempler la Carte du Xiū Zhēn Tú, c’est commencer à structurer sa pratique.

Une cartographie des passages et des centres
La Xiū Zhēn Tú décrit avec précision : Les trois Dāntián (champ de cinabre), le Mìngmén 命門, (Porte de la Destinée), le Niwán 泥丸 ou Pilule de Boue au sommet du crâne, les axes verticaux de circulation, les étapes du raffinement alchimique.
Elle permet de situer les lieux de transformation et de comprendre les trajets du souffle dans l’orbite microcosmique.
Là où la médecine chinoise nomme les méridiens, la Carte du Xiū Zhēn Tú en montre l’intégration dans un processus alchimique global.
Elle n’est pas anatomique au sens occidental, mais opérative : elle montre ce qui doit être vécu.
Une carte du processus de raffinement
Comme le Nèi Jīng Tú, la Carte duXiū Zhēn Tú décrit le mouvement du liàn 煉, le raffinement :
Raffiner l’Essence (Jīng 精), Transformer l’Essence en Souffle (Qì 氣), Élever le Souffle en Esprit (Shén 神), Ramener l’Esprit au Vide originel.
Mais ici, le processus est présenté comme un enchaînement structuré de phases.
Les textes inscrits sur la carte évoquent les étapes, et les précautions de la pratique alchimique. On comprend que l’alchimie interne n’est pas une improvisation mystique, mais un art exigeant, progressif, méthodique.
La carte du Xiū Zhēn Tú est la carte du pratiquant engagé.
Entre cosmologie et physiologie subtile
La carte relie le corps humain au cosmos. Les trigrammes, les cycles des Cinq Mouvements, les correspondances célestes et terrestres s’inscrivent dans la géographie corporelle.
Le pratiquant devient un microcosme où se rejoue l’ordre cosmique.
Dans cette perspective, cultiver la perfection (xiū zhēn 修真) ne signifie pas devenir parfait moralement, mais revenir au Réel, à ce qui est authentique et non dispersé.
Une clé parmi quatre cartes majeures
La carte du Xiū Zhēn Tú s’inscrit dans un ensemble cohérent de cartes alchimiques :
Nèi Jīng Tú 內經圖 : apprendre à visualiser son paysage intérieur.
Xiū Zhēn Tú 修真圖 : connaître les canaux, passages et mécanismes précis de transformation.
Huǒ Hòu Tú 火候圖 : comprendre l’intensité du feu, le rythme du travail selon les cycles et les jours de l’année.
Xīn Xìng Tú 心性圖 : l’art de la méditation apaisée qui concentre et intègre l’enseignement des trois premières cartes.
Si le Nèi Jīng Tú ouvre l’imaginaire énergétique, la Carte du Xiū Zhēn Tú en donne la structure technique.
Le kakémono : un outil d’étude et de transmission
Présentée en format kakémono, la Xiū Zhēn Tú retrouve sa verticalité originelle.
Accrochée dans un cabinet, une salle de pratique ou un lieu d’étude, elle devient un support pédagogique pour expliquer les axes de circulation, un outil pour situer les Dāntián et les centres majeurs, un appui pour la petite circulation céleste, un rappel constant de la rigueur nécessaire à l’alchimie interne.
Plus qu’une décoration, elle est une carte vivante.
Pour aller plus loin
Dans son ouvrage Voyage dans les Cartes du Corps Daoïste, Romain Gourmand propose une traduction et un commentaire détaillé des inscriptions de la Carte de la Culture de la Perfection Xiū Zhēn Tú, éclairant leur dimension opérative et cosmologique.
Mais comme toute véritable carte, elle ne remplace pas l’expérience. Elle accompagne le marcheur. Et c’est en la contemplant longuement que l’on commence à comprendre :
la transformation n’est pas une idée, c’est un chemin.
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Apprendre à visualiser son paysage intérieur
Une carte pour entrer dans le paysage du corps
La Carte du Paysage Intérieur, Nèi Jīng Tú 內經圖, (littéralement la Carte du Classique Interne), n’est pas une illustration symbolique parmi d’autres. Elle est une porte d’entrée dans l’expérience intérieure.
Sous la forme d’un paysage montagneux épousant la silhouette humaine, elle enseigne une chose essentielle : le corps n’est pas une mécanique, mais un territoire sacré.
Montagnes, rivières, champs, ponts, palais et astres composent cette géographie subtile. La colonne vertébrale devient chaîne montagneuse. Les Dāntián deviennent des bassins d’énergie. Le souffle circule comme la Voie Lactée.
Contempler la Carte du Nèi Jīng Tú, c’est déjà commencer à entrer dans la pratique.

Une préparation au Cún Sī 存思
Dans la tradition daoïste, la méditation par visualisation, Cún Sī 存思, “conserver et contempler intérieurement”, consiste à habiter le corps comme un sanctuaire vivant. La Carte du Nèi Jīng Tú est un support privilégié de cette pratique. Elle apprend à visualiser les palais internes, à sentir la circulation ascendante et descendante du souffle, à localiser les champs de cinabre et à comprendre le mouvement du courant inversé. Avant même d’être technique, elle est pédagogique : elle forme l’imaginaire énergétique. Là où la médecine chinoise décrit des fonctions, la Carte du Nèi Jīng Tú les rend visibles.
Une carte du raffinement alchimique
La carte décrit le processus de raffinement intérieur (liàn 煉) :
Raffiner l’Essence (Jīng 精), la transformer en Souffle (Qì 氣), l’élever en Esprit (Shén 神), puis retourner à la Vacuité.
Les scènes figurées comme les enfants actionnant la roue hydraulique, le buffle tirant le chariot, l’eau qui descend puis remonte, illustrent les mécanismes du travail interne.
Un vers du Nèi Jīng Tú évoque le mouvement à rebours : « les ignorants suivent la pente naturelle vers la dispersion ; les sages inversent le courant pour retrouver la Source. »
La Nèi Jīng Tú enseigne ainsi le principe fondamental de l’alchimie interne : remonter le fleuve du destin biologique.
Une œuvre au croisement des traditions
Bien que fondamentalement daoïste, la carte porte l’empreinte du dialogue entre les Trois Sagesses.
Le Niwán 泥丸, du sanskrit nirvana, la Pilule de Boue du sommet crânien, évoque autant la physiologie subtile daoïste que l’idée d’éveil spirituel. Le corps devient temple, montagne sacrée, et lieu de réalisation. Cette profondeur symbolique en fait un outil aussi précieux pour l’étudiant en médecine chinoise, le pratiquant de Qì Gōng et le chercheur en traditions spirituelles.
Une clé parmi quatre cartes majeures
La Carte du Nèi Jīng Tú n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un ensemble cohérent de cartes alchimiques :
- Nèi Jīng Tú內經圖 : apprendre à visualiser son paysage intérieur.
- Xiū Zhēn Tú 修真圖 : connaître les canaux, passages et mécanismes précis de transformation.
- Huǒ Hòu Tú 火候圖 : comprendre l’intensité du feu (du travail interne), le rythme du travail selon les cycles et les jours de l’année.
- Xīn Xìng Tú 心性圖 : l’art de la méditation apaisée, qui concentre et intègre l’enseignement des trois premières cartes.
La Nèi Jīng Tú est la première porte : celle de l’imaginaire énergétique.
Le kakémono : un support vivant d’enseignement
Accrochée dans un cabinet, une salle de pratique ou un lieu d’étude, la Carte du Nèi Jīng Tú devient nn support pédagogique pour expliquer les Dāntián et l’orbite microcosmique, un appui pour la méditation Cún Sī, un rappel quotidien de la dimension sacrée du corps.
Le format kakémono permet de retrouver la verticalité originelle de la carte, respectant sa dimension contemplative.
Plus qu’un objet décoratif, c’est un outil de transmission.
Pour aller plus loin
Dans son ouvrage Voyage dans les Cartes du Corps Daoïste, Romain Gourmand propose une traduction et un commentaire détaillé des inscriptions et symboles de la Carte du Nèi Jīng Tú, mettant en lumière leur dimension alchimique et opérative.
Mais la carte elle-même reste un maître silencieux. Il suffit parfois de la contempler longuement… pour que le paysage intérieur commence à apparaître.
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Les Huit Grandes Incantations 八大咒 Bā Dà Zhòu occupent une place essentielle dans la liturgie daoïste. Elles sont récitées quotidiennement dans les temples, mais aussi par les pratiquants de Qìgōng, de méditation ou d’alchimie interne. Leur fonction est de purifier, d’harmoniser et de protéger : le Cœur, la parole, le corps, l’espace, la Terre, la Montagne, l’Encens et la Lumière intérieure.
Ces incantations conjuguent éthique, protection rituelle et transformation spirituelle. Elles rappellent que la cultivation daoïste n’est pas seulement un travail énergétique, mais un engagement profond avec le monde invisible : divinités des organes, esprits de la nature, gardiens célestes, talismans, Pureté originelle, Lumière d’Or.
Chaque zhòu agit comme une clé qui ouvre un espace intérieur.
Elles apaisent les pensées, clarifient le souffle et renforcent l’alignement entre l’être humain et le Dào. Leur récitation régulière établit une atmosphère de rectitude, dissipe les influences troubles, stabilise le Qì et rappelle au pratiquant son lien à la lignée spirituelle.
Ce corpus forme un ensemble cohérent : purification de soi, protection des lieux, harmonisation du Ciel et de la Terre, puis activation de la Lumière d’Or et du Mystère. Chaque incantation est une étape dans le chemin de la clarté, de la présence et de la rectitude intérieure.
1. 淨心神咒
Jìng Xīn Shén Zhòu
Incantation de la Purification du Cœur
太上台星 應變無停
Tàishàng Táixīng, yìngbiàn wú tíng
La Suprême Terrasse d'Etoiles répond et transforme sans cesse.
驅邪縛魅 保命護身
Qūxié fùmèi, bǎomìng hùshēn
Elle chasse les forces néfastes et protège vie et corps.
智慧明淨 心神安寧
Zhìhuì míngjìng, xīnshén ānníng
La sagesse brille limpide et l’esprit devient paisible.
三魂永久 魄無喪傾
Sānhún yǒngjiǔ, pò wú sàngqīng
Les trois Hún demeurent éternels, les Pò ne déclinent pas.
2. 淨口神咒
Jìng Kǒu Shén Zhòu
Incantation de la Purification de la Bouche
丹朱口神 吐穢除氛
Dānzhū Kǒushén, tǔhuì chúfén
Ô Esprit de la Bouche Dan Zhu : dissipe impuretés et miasmes.
舌神正倫 通命養神
Shéshén Zhènglún, tōngmìng yǎngshén
Esprit de la Langue Zheng Lun : relie à la destinée, nourrit l’Esprit.
羅千齒神 卻邪衛真
Luóqiān Chǐshén, quèxié wèizhēn
Esprit des Mille Dents : repousse le mal, protège le vrai.
喉神虎賁 氣神引津
Hóushén Hǔbēn, qìshén yǐnjīn
Esprit de la Gorge Hu Ben : le Qì guide les fluides.
心神丹元 令吾通真
Xīnshén Dānyuán, lìng wú tōngzhēn
L’Esprit du Cœur Dan Yuan m’ouvre au Vrai.
思神鍊液 道炁常存
Sīshén Liànyè, Dào qì chángcún
L’Esprit des Pensées raffine les liquides : le Qì du Dào demeure.
3. 淨身神咒
Jìng Shēn Shén Zhòu
Incantation de la Purification du Corps
靈寶天尊 安慰身形
Língbǎo Tiānzūn, ānwèi shēnxíng
Le Vénérable Ling Bao apaise la forme corporelle.
弟子魂魄 五臟玄冥
Dìzǐ húnpò, wǔzàng xuánmíng
Les âmes du disciple et les cinq organes reposent dans le Mystère.
青龍白虎 隊仗紛紜
Qīnglóng Báihǔ, duìzhàng fēnyún
Dragon Azur et Tigre Blanc déploient leurs cortèges.
朱雀玄武 侍衛吾真
Zhūquè Xuánwǔ, shìwèi wúzhēn
Oiseau Vermillon et Guerrier Mystérieux protègent le Vrai en moi.
4. 安土地咒
Ān Tǔdì Zhòu
Incantation de la Pacification de la Terre
元始安鎭 普告萬靈
Yuánshǐ ānzhèn, pǔgào wànlíng
Yuan Shi apaise et informe tous les esprits.
岳瀆真官 土地祇靈
Yuèdú zhēnguān, tǔdì qílíng
Montagnes, rivières et génies terrestres sont avertis.
左社右稷 不得妄驚
Zuǒshè Yòujì, bùdé wàngjīng
Divinités des Sols et des Grains : ne soyez ni troublées ni effrayées.
回向正道 內外澄清
Huíxiàng zhèngdào, nèiwài chéngqīng
Que tout revienne vers la Voie droite, pur dedans comme dehors.
各安方位 備守壇庭
Gè ān fāngwèi, bèishǒu tántíng
Chacun demeure à sa place, gardant la plateforme rituelle.
太上有命 搜捕邪精
Tàishàng yǒumìng, sōubǔ xiéjīng
Le Suprême commande de capturer les essences maléfiques.
護法神王 保衛誦經
Hùfǎ Shénwáng, bǎowèi sòngjīng
Les Gardiens protègent la récitation des Écritures.
皈依大道 元亨利貞
Guīyī Dàdào, yuánhēng lìzhēn
Refuge dans le Grand Dào : origine, prospérité, rectitude.
5. 淨天地神咒
Jìng Tiāndì Shén Zhòu
Incantation de la Purification du Ciel et de la Terre
天地自然 穢氣分散
Tiāndì zìrán, huìqì fēnsàn
Le Ciel et la Terre sont l’Ainsité, les impuretés se dispersent.
洞中玄虛 晃朗太元
Dòngzhōng xuánxū, huǎnglǎng Tàiyuán
Dans la Grotte : Vide mystérieux et radieuse Grande Origine.
八方威神 使吾自然
Bāfāng wēishén, shǐ wú zìrán
Les Huit Gardiens me ramènent à l’Ainsité.
靈寶符命 普告九天
Língbǎo fúmìng, pǔgào jiǔtiān
Le talisman de Ling Bao proclame dans les Neuf Cieux.
乾羅達那 洞罡太玄
Qiánluó Dánà, dònggāng Tàixuán
Qian Luo Da Na – la Grotte de la Grande Ourse Mystérieuse.
驅妖縛邪 敕鬼萬千
Qūyāo fùxié, chì guǐ wànqiān
Chasser les démons, ordonner à des myriades de fantômes.
6. 中山神咒
Zhōng Shān Shén Zhòu
Incantation de l’Esprit de la Montagne Centrale
元始玉文 持誦一遍
Yuánshǐ yùwén, chí sòng yíbiàn
Les Écritures de Jade de Yuan Shi : récitez-les une fois.
卻病延年
Quèbìng yánnián
Elles dissipent les maladies et prolongent la vie.
按行五岳 八海知聞
Ànxíng Wǔyuè, bāhǎi zhīwén
Les Cinq Montagnes et les Huit Mers répondent.
魔王束首 侍衛吾軒
Mówáng shùshǒu, shìwèi wúxuān
Le Roi des Démons se soumet et protège mon autel.
凶穢消散 道炁常存
Xiōnghuì xiāosàn, Dào qì chángcún
Les maléfices se dissipent ; le Qì du Dào demeure.
7. 祝香咒
Zhù Xiāng Zhòu
Incantation de la Prière de l’Encens
道由心學 心假香傳
Dào yóu xīnxué, xīn jiǎ xiāngchuán
Le Dào s’étudie par le Cœur ; le Cœur transmet par l’Encens.
香焚玉爐 心存帝前
Xiāngfén yùlú, xīn cún dìqián
L’encens brûle dans le brûle-parfum de jade ; le Cœur se tient devant le Souverain.
真靈下盼 仙旆臨軒
Zhēnlíng xiàpàn, xiānpèi línxuān
Les Divinités contemplent ; les bannières des Immortels descendent.
弟子關告 逕達九天
Dìzǐ guāngào, jìng dá jiǔtiān
Les prières du disciple montent jusqu’aux Neuf Cieux.
8. 金光神咒
Jīn Guāng Shén Zhòu
Incantation de la Lumière d’Or
天地玄宗 萬炁本根
Tiāndì xuánzōng, wànqì běngēn
Le Ciel et la Terre, ancêtres du Mystère : racine des dix mille souffles.
廣修億劫 證我神通
Guǎngxiū yìjié, zhèng wǒ shéntōng
À travers d’innombrables éons, se révèle ma connexion spirituelle.
三界內外 惟道獨尊
Sānjiè nèiwài, wéi Dào dúzūn
Dans les trois Mondes, seul le Dào est suprême.
體有金光 覆映吾身
Tǐ yǒu jīnguāng, fùyìng wúshēn
Mon corps est enveloppé de Lumière d’Or.
視之不見 聽之不聞
Shì zhī bùjiàn, tīng zhī bùwén
Invisible au regard, inaudible à l’oreille.
包羅天地 養育群生
Bāoluó tiāndì, yǎngyù qúnshēng
Elle englobe ciel et terre, nourrissant toute vie.
誦持萬遍 身有光明
Sòngchí wànbian, shēn yǒu guāngmíng
Récitée dix mille fois, elle illumine le corps.
三界侍衛 五帝司迎 萬神朝禮
Sānjiè shìwèi, Wǔdì sāiyíng, wànshén cháolǐ
Les trois Mondes protègent, les Cinq Souverains accueillent, les Dix Mille Esprits se prosternent.
役使雷霆 鬼妖喪膽
Yìshǐ léitíng, guǐyāo sàngdǎn
La foudre obéit ; fantômes et démons s’effraient.
精怪忘形 內有霹靂 雷神隱名
Jīngguài wàngxíng, nèi yǒu pīlì, Léishén yǐnmíng
Les esprits maléfiques perdent forme ; la foudre intérieure tonne ; le Dieu du Tonnerre demeure caché.
五炁騰騰 金光速現 覆護真人
Wǔqì téngténg, jīnguāng sùxiàn, fùhù zhēnrén
Les Cinq Qì s’élèvent ; la lumière d’or apparaît ; elle protège le pratiquant accompli.
