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- Écrit par : Romain Gourmand
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Aux sources de la Médecine Traditionnelle Chinoise
Au cœur de la tradition médicale chinoise se trouve un texte fondamental, à la fois ancien, profond et toujours étonnamment actuel : le Huángdì Nèijīng Sùwèn (黃帝內經素問), que l’on peut traduire par « Questions simples du Classique interne de l’Empereur Jaune ».
Cet ouvrage, attribué mythiquement à l’Empereur Jaune (Huáng Dì), n’est pas seulement un traité médical. Il est une véritable cosmologie du vivant, un dialogue entre l’homme et le Ciel, entre le corps et les lois invisibles qui gouvernent l’univers.
🌌 Un dialogue entre l’homme et le Ciel
Le Sùwèn se présente sous la forme de conversations entre l’Empereur Jaune et ses ministres, notamment Qí Bó. À travers ces échanges, se dévoilent les principes fondamentaux de la vie :
- L’unité entre le corps humain et les cycles de la nature
- La dynamique du Yīn et du Yáng
- Les mouvements des Cinq Agents (Wǔ Xíng)
- La circulation du Qì et du Xuè
- Les relations entre les organes (Zàng-Fǔ) et les émotions
Mais au-delà de ces fondements théoriques, le texte nous invite à une compréhension plus subtile : celle d’un être humain inscrit dans le rythme du Ciel et de la Terre, dont la santé dépend de sa capacité à s’accorder à ces lois.
🧭 Une médecine de la prévention et de l’harmonie
L’un des messages les plus puissants du Sùwèn est sans doute celui-ci :
« Le sage ne traite pas la maladie, il la prévient. »
Cette idée, centrale dans la médecine chinoise, repose sur une vision globale de la santé. Il ne s’agit pas simplement de supprimer un symptôme, mais de :
- Maintenir l’équilibre interne
- Nourrir le Qì correct (Zhèng Qì)
- S’adapter aux saisons et aux changements climatiques
- Réguler les émotions et le mode de vie
Ainsi, la médecine devient un art de vivre, une voie d’harmonisation permanente.
🏔️ Un texte à la croisée de la médecine et du Dao
Le Huángdì Nèijīng Sùwèn ne peut être compris uniquement comme un manuel clinique. Il s’inscrit profondément dans la pensée daoïste :
- Le corps est un paysage intérieur
- Le Qì circule comme les souffles du Ciel et de la Terre
- Les organes deviennent des centres énergétiques et spirituels
- La longévité dépend de l’alignement avec le Dào
Dans cette perspective, soigner revient aussi à cultiver la vie (養生 yǎng shēng), à préserver l’essence (Jīng), à apaiser l’esprit (Shén), et à laisser circuler librement le souffle.
📖 Une œuvre fondatrice, toujours vivante
Composé il y a plus de deux millénaires, le Sùwèn reste aujourd’hui une référence incontournable pour :
- les praticiens de médecine traditionnelle chinoise
- les étudiants et chercheurs
- les pratiquants de Qì Gōng et d’alchimie interne
- toute personne en quête d’une compréhension globale de la santé
Sa richesse est telle qu’il se prête à de multiples lectures : médicale, philosophique, symbolique… et même initiatique.
✨ Une invitation à un voyage intérieur
Lire le Huángdì Nèijīng Sùwèn, ce n’est pas seulement étudier un texte ancien.
C’est entrer dans une vision du monde où :
- le corps devient un miroir du cosmos
- la maladie un déséquilibre de la relation
- la santé une harmonie vivante
C’est, en définitive, s’engager sur une voie où la connaissance mène à la transformation.
À suivre…
Dans cette série d’articles, nous vous proposons une traduction progressive et commentée du Huángdì Nèijīng Sùwèn, chapitre par chapitre.
Chaque passage sera exploré dans sa profondeur :
- texte chinois
- transcription en pinyin
- traduction fidèle
- commentaires éclairés
Avec pour objectif de rendre ce classique accessible, tout en respectant sa richesse et sa subtilité.
📜 Liste des 81 chapitres du Sùwèn
Les titres de chapitres sont des liens cliquables dès lors que le chapitre est traduit
1 à 10
- 上古天真論 — Shànggǔ Tiānzhēn Lùn — De la vérité céleste des temps anciens
- 四氣調神大論 — Sì Qì Tiáo Shén Dà Lùn — Grand traité sur l’harmonisation de l’esprit selon les quatre saisons
- 生氣通天論 — Shēng Qì Tōng Tiān Lùn — Du Qì vital en communication avec le Ciel
- 金匱真言論 — Jīn Guì Zhēnyán Lùn — Paroles véritables de la chambre d’or
- 陰陽應象大論 — Yīnyáng Yìng Xiàng Dà Lùn — Grand traité des correspondances du Yīn et du Yáng
- 陰陽離合論 — Yīnyáng Lí Hé Lùn — De la séparation et de la réunion du Yīn-Yáng
- 陰陽別論 — Yīnyáng Bié Lùn — Distinctions du Yīn et du Yáng
- 靈蘭秘典論 — Líng Lán Mì Diǎn Lùn — Canon secret de la salle Linglan
- 六節藏象論 — Liù Jié Zàng Xiàng Lùn — Des six divisions et des manifestations des organes
- 五藏生成論 — Wǔ Zàng Shēngchéng Lùn — De la formation et de la génération des cinq organes
11 à 20
- 五藏別論 — Wǔ Zàng Bié Lùn — Distinctions des cinq organes
- 異法方宜論 — Yì Fǎ Fāng Yí Lùn — Méthodes différentes selon les régions
- 移精變氣論 — Yí Jīng Biàn Qì Lùn — Transformation de l’essence et du Qì
- 湯液醪醴論 — Tāng Yè Láo Lǐ Lùn — Décoctions et breuvages médicinaux
- 玉機真藏論 — Yù Jī Zhēn Zàng Lùn — Le mécanisme précieux des organes véritables
- 診要經終論 — Zhěn Yào Jīng Zhōng Lùn — Essentiel du diagnostic et fin des méridiens
- 脈要精微論 — Mài Yào Jīng Wēi Lùn — Subtilités essentielles du pouls
- 平人氣象論 — Píng Rén Qì Xiàng Lùn — Aspect énergétique de l’homme sain
- 玉版論要 — Yù Bǎn Lùn Yào — Essentiel du traité de la tablette de jade
- 三部九候論 — Sān Bù Jiǔ Hòu Lùn — Les trois régions et les neuf indicateurs
21 à 30
- 經脈別論 — Jīng Mài Bié Lùn — Distinction des méridiens
- 藏氣法時論 — Zàng Qì Fǎ Shí Lùn — Les organes et leur correspondance avec le temps
- 宣明五氣論 — Xuān Míng Wǔ Qì Lùn — Clarification des cinq Qì
- 血氣形志篇 — Xuè Qì Xíng Zhì Piān — Sang, Qì, forme et volonté
- 寶命全形論 — Bǎo Mìng Quán Xíng Lùn — Préserver la vie et l’intégrité du corps
- 八正神明論 — Bā Zhèng Shén Míng Lùn — Les huit rectitudes et la clarté de l’esprit
- 離合真邪論 — Lí Hé Zhēn Xié Lùn — Séparation et réunion du vrai et du pervers
- 通評虛實論 — Tōng Píng Xū Shí Lùn — Évaluation globale du vide et de la plénitude
- 太陰陽明論 — Tài Yīn Yáng Míng Lùn — Tai Yin et Yang Ming
- 陽明脈解篇 — Yáng Míng Mài Jiě Piān — Explication des méridiens Yang Ming
31 à 40
- 熱論 — Rè Lùn — Traité des maladies de chaleur
- 刺熱篇 — Cì Rè Piān — Acupuncture des maladies de chaleur
- 評熱病論 — Píng Rè Bìng Lùn — Évaluation des maladies fébriles
- 逆調論 — Nì Tiáo Lùn — Déséquilibres inversés
- 瘧論 — Nüè Lùn — Traité des fièvres intermittentes
- 刺瘧篇 — Cì Nüè Piān — Acupuncture des fièvres intermittentes
- 氣厥論 — Qì Jué Lùn — Évanouissements liés au Qì
- 咳論 — Ké Lùn — Traité de la toux
- 舉痛論 — Jǔ Tòng Lùn — Traité de la douleur
- 腹中論 — Fù Zhōng Lùn — Troubles abdominaux
41 à 50
- 刺腰痛篇 — Cì Yāo Tòng Piān — Acupuncture des lombalgies
- 風論 — Fēng Lùn — Traité du Vent
- 痹論 — Bì Lùn — Traité des syndromes Bi
- 痿論 — Wěi Lùn — Traité des syndromes Wei
- 厥論 — Jué Lùn — Traité des contre-courants
- 病能論 — Bìng Néng Lùn — Capacités pathologiques
- 奇病論 — Qí Bìng Lùn — Maladies extraordinaires
- 大奇論 — Dà Qí Lùn — Grand traité des maladies étranges
- 脈解篇 — Mài Jiě Piān — Explication des pouls
- 刺要論 — Cì Yào Lùn — Principes essentiels de l’acupuncture
51 à 60
- 刺齊論 — Cì Qí Lùn — Uniformité en acupuncture
- 刺禁論 — Cì Jìn Lùn — Interdits en acupuncture
- 刺志論 — Cì Zhì Lùn — Intention dans l’acupuncture
- 鍼解篇 — Zhēn Jiě Piān — Explication des aiguilles
- 長刺節論 — Cháng Cì Jié Lùn — Rythme des longues punctures
- 皮部論 — Pí Bù Lùn — Les régions cutanées
- 經絡論 — Jīng Luò Lùn — Les méridiens et collatéraux
- 氣穴論 — Qì Xué Lùn — Les points d’acupuncture
- 氣府論 — Qì Fǔ Lùn — Les palais du Qì
- 骨空論 — Gǔ Kōng Lùn — Les cavités osseuses
61 à 70
- 水熱穴論 — Shuǐ Rè Xué Lùn — Points de l’eau et de la chaleur
- 調經論 — Tiáo Jīng Lùn — Régulation des méridiens
- 繆刺論 — Miù Cì Lùn — Acupuncture oblique / divergente
- 四時刺逆從論 — Sì Shí Cì Nì Cóng Lùn — Acupuncture selon les saisons
- 標本病傳論 — Biāo Běn Bìng Chuán Lùn — Racine et manifestation des maladies
- 天元紀大論 — Tiān Yuán Jì Dà Lùn — Grand traité des cycles célestes
- 五運行大論 — Wǔ Yùn Xíng Dà Lùn — Grand traité des cinq mouvements
- 六微旨大論 — Liù Wēi Zhǐ Dà Lùn — Subtilités des six influences
- 氣交變大論 — Qì Jiāo Biàn Dà Lùn — Transformations du Qì
- 五常政大論 — Wǔ Cháng Zhèng Dà Lùn — Régulation des cinq constantes
71 à 81
- 六元正紀大論 — Liù Yuán Zhèng Jì Dà Lùn — Cycles corrects des six énergies
- 刺法論 — Cì Fǎ Lùn — Méthodes d’acupuncture
- 本病論 — Běn Bìng Lùn — Racine des maladies
- 至真要大論 — Zhì Zhēn Yào Dà Lùn — Essentiel du suprêmement vrai
- 著至教論 — Zhù Zhì Jiào Lùn — Enseignements suprêmes
- 示從容論 — Shì Cóng Róng Lùn — Enseignement de la sérénité
- 疏五過論 — Shū Wǔ Guò Lùn — Les cinq erreurs
- 徵四失論 — Zhēng Sì Shī Lùn — Les quatre fautes
- 陰陽類論 — Yīnyáng Lèi Lùn — Catégories du Yīn-Yáng
- 方盛衰論 — Fāng Shèng Shuāi Lùn — Croissance et déclin
- 解精微論 — Jiě Jīng Wēi Lùn — Explication des subtilités essentielles
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上古天真論 — Shànggǔ Tiānzhēn Lùn
De la vérité céleste des temps anciens
昔在黃帝,生而神靈,弱而能言,幼而徇齊,長而敦敏,成而登天。
Xī zài Huángdì, shēng ér shén líng, ruò ér néng yán, yòu ér xùn qí, zhǎng ér dūn mǐn, chéng ér dēng tiān.
Traduction
Autrefois régna l’Empereur Jaune, qui naquit doté d’un esprit numineux ;
dès l’enfance, il pouvait parler ;
jeune, il était en harmonie avec l’ordre ;
parvenu à l’âge adulte, il devint solide et perspicace ;
accompli, il s’éleva jusqu’au Ciel.
乃問於天師曰:余聞上古之人,春秋皆度百歲,而動作不衰;今時之人,年半百而動作皆衰者。時世異耶人將失之耶?
Nǎi wèn yú Tiānshī yuē: yú wén shànggǔ zhī rén, chūnqiū jiē dù bǎi suì, ér dòngzuò bù shuāi; jīn shí zhī rén, nián bàn bǎi ér dòngzuò jiē shuāi zhě. Shí shì yì yé rén jiāng shī zhī yé?
Traduction
Il interrogea alors le Maître Céleste en ces termes :
« J’ai entendu dire que les hommes de la haute antiquité vivaient tous plus de cent ans,
et que leurs mouvements ne déclinaient pas ;
tandis que les hommes d’aujourd’hui, à peine cinquante ans, voient déjà leurs capacités s’affaiblir.
Est-ce le temps qui a changé, ou bien les hommes qui ont perdu cela ? »
岐伯對曰:上古之人?其知道者,法於陰陽,和於術數,食飲有節,起居有常,不妄作勞,故能形與神俱,而盡終其天年,度百歲乃去。
Qí Bó duì yuē: shànggǔ zhī rén? qí zhī dào zhě, fǎ yú yīn yáng, hé yú shù shù, shí yǐn yǒu jié, qǐ jū yǒu cháng, bù wàng zuò láo, gù néng xíng yǔ shén jù, ér jìn zhōng qí tiān nián, dù bǎi suì nǎi qù.
Traduction
Qí Bó répondit :
« Les hommes de la haute antiquité ? Ceux qui connaissaient le Dào
prenaient modèle sur le Yīn et le Yáng,
s’harmonisaient avec les lois des nombres et des cycles,
modéraient leur alimentation et leurs boissons,
respectaient des rythmes réguliers de veille et de repos,
ne s’épuisaient pas en efforts inconsidérés ;
ainsi pouvaient-ils maintenir l’unité du corps et de l’esprit,
et accomplir pleinement leur durée de vie céleste,
vivant jusqu’à cent ans avant de quitter ce monde. »
今時之人不然也,以酒為漿,以妄為常,醉以入房,以欲竭其精,以耗散其真,不知持滿,不時御神,務快其心,逆於生樂,起居無節,故半百而衰也。
Jīn shí zhī rén bù rán yě, yǐ jiǔ wéi jiāng, yǐ wàng wéi cháng, zuì yǐ rù fáng, yǐ yù jié qí jīng, yǐ hào sàn qí zhēn, bù zhī chí mǎn, bù shí yù shén, wù kuài qí xīn, nì yú shēng lè, qǐ jū wú jié, gù bàn bǎi ér shuāi yě.
Traduction
« Les hommes d’aujourd’hui ne sont plus ainsi :
ils prennent le vin comme boisson ordinaire,
font de l’excès leur habitude,
s’adonnent à l’alcool jusqu’à entrer ivres dans la chambre,
épuisent leur essence par les désirs,
dissipent leur authenticité vitale,
ignorent l’art de préserver la plénitude,
ne savent pas gouverner leur esprit selon le moment,
ne cherchent qu’à satisfaire leurs émotions,
vont à l’encontre de la joie de vivre véritable,
leur rythme de vie est sans mesure ;
c’est pourquoi, à cinquante ans déjà, ils déclinent. »
夫上古聖人之教下也,皆謂之虛邪賊風避之有時,恬惔虛無,真氣從之,精神內守,病安從來。
Fū shànggǔ shèngrén zhī jiào xià yě, jiē wèi zhī xū xié zéi fēng bì zhī yǒu shí, tián dàn xū wú, zhēn qì cóng zhī, jīng shén nèi shǒu, bìng ān cóng lái.
Traduction
« Ainsi, l’enseignement des sages de la haute antiquité était le suivant :
il faut éviter, en leur temps, les souffles pervers et les vents voleurs ;
demeurer dans la quiétude et le vide paisible ;
alors le Qì véritable suit naturellement ;
l’essence et l’esprit sont gardés à l’intérieur ;
dès lors, comment la maladie pourrait-elle survenir ? »
是以志閒而少欲,心安而不懼,形勞而不倦,氣從以順,各從其欲,皆得所願。故美其食,任其服,樂其俗,高下不相慕,其民故曰樸。
Shì yǐ zhì xián ér shǎo yù, xīn ān ér bù jù, xíng láo ér bù juàn, qì cóng yǐ shùn, gè cóng qí yù, jiē dé suǒ yuàn. Gù měi qí shí, rèn qí fú, lè qí sú, gāo xià bù xiāng mù, qí mín gù yuē pǔ.
Traduction
« Ainsi, leur volonté était paisible et leurs désirs peu nombreux ;
leur cœur était calme et sans crainte ;
leur corps pouvait travailler sans s’épuiser ;
le Qì circulait librement et harmonieusement ;
chacun suivait ses aspirations et obtenait ce qui lui convenait.
C’est pourquoi ils trouvaient leur nourriture savoureuse,
acceptaient simplement leurs vêtements,
se réjouissaient de leurs coutumes ;
les rangs élevés et modestes ne se jalousaient pas ;
ainsi leur peuple était qualifié de “simple” (non façonné, authentique). »
是以嗜欲不能勞其目,淫邪不能惑其心,愚智賢不肖,不懼於物,故合於道。
Shì yǐ shì yù bù néng láo qí mù, yín xié bù néng huò qí xīn, yú zhì xián bù xiào, bù jù yú wù, gù hé yú Dào.
Traduction
« Ainsi, les désirs ne pouvaient fatiguer leurs yeux,
les influences perverses ne pouvaient troubler leur cœur ;
qu’ils soient ignorants ou sages, nobles ou médiocres,
ils n’étaient pas affectés par les choses extérieures ;
c’est pourquoi ils étaient en accord avec le Dào. »
所以能年皆度百歲而動作不衰者,以其德全不危也。
Suǒ yǐ néng nián jiē dù bǎi suì ér dòngzuò bù shuāi zhě, yǐ qí dé quán bù wēi yě.
Traduction
« S’ils pouvaient tous vivre au-delà de cent ans sans que leurs capacités ne déclinent,
c’est parce que leur vertu était complète et ne se trouvait pas mise en péril. »
帝曰:人年老而無子者,材力盡邪?將天數然也?
Dì yuē: rén nián lǎo ér wú zǐ zhě, cái lì jìn yé? Jiāng tiān shù rán yě?
Traduction
L’Empereur dit :
« Lorsqu’un homme, parvenu à un âge avancé, n’a pas d’enfant,
est-ce parce que ses capacités et ses forces sont épuisées ?
Ou bien est-ce simplement le cours du destin céleste ? »
岐伯曰:女子七歲腎氣盛,齒更髮長。
Qí Bó yuē: nǚzǐ qī suì shèn qì shèng, chǐ gēng fà zhǎng.
Traduction
Qí Bó répondit :
« Chez la femme, à sept ans, le Qì des Reins devient florissant ;
les dents se renouvellent et les cheveux poussent. »
二七而天癸至,任脈通,太衝脈盛,月事以時下,故有子。
Èr qī ér tiān guǐ zhì, rèn mài tōng, tài chōng mài shèng, yuè shì yǐ shí xià, gù yǒu zǐ.
Traduction
« À deux fois sept ans, le Tiān Guǐ arrive ;
le Vaisseau Conception (Rèn Mài) s’ouvre,
le Vaisseau Chōng (Tài Chōng Mài) devient abondant ;
les menstruations surviennent régulièrement ;
ainsi la femme peut concevoir. »
三七腎氣平均,故真牙生而長極。
Sān qī shèn qì píng jūn, gù zhēn yá shēng ér zhǎng jí.
Traduction
« À trois fois sept ans, le Qì des Reins s’équilibre ;
alors les dents définitives apparaissent et la croissance atteint son apogée. »
四七筋骨堅,髮長極,身體盛壯。
Sì qī jīn gǔ jiān, fà zhǎng jí, shēntǐ shèng zhuàng.
Traduction
« À quatre fois sept ans, les tendons et les os deviennent solides ;
les cheveux atteignent leur pleine longueur ;
le corps est dans sa pleine vigueur. »
五七陽明脈衰,面始焦,髮始墮。
Wǔ qī yáng míng mài shuāi, miàn shǐ jiāo, fà shǐ duò.
Traduction
« À cinq fois sept ans, le méridien Yángmíng décline ;
le visage commence à se faner ;
les cheveux commencent à tomber. »
六七三陽脈衰於上,面皆焦,髮始白。
Liù qī sān yáng mài shuāi yú shàng, miàn jiē jiāo, fà shǐ bái.
Traduction
« À six fois sept ans, les trois méridiens Yáng déclinent dans la partie supérieure du corps ;
le visage se fane entièrement ;
les cheveux commencent à blanchir. »
七七任脈虛,太衝脈衰少,天癸竭,地道不通,故形壞而無子也。
Qī qī rèn mài xū, tài chōng mài shuāi shǎo, tiān guǐ jié, dì dào bù tōng, gù xíng huài ér wú zǐ yě.
Traduction
« À sept fois sept ans, le Vaisseau Conception (Rèn Mài) devient vide ;
le Vaisseau Chōng (Tài Chōng Mài) s’affaiblit et diminue ;
le Tiān Guǐ s’épuise ;
la voie de la Terre ne circule plus ;
ainsi le corps se détériore et la femme ne peut plus enfanter. »
丈夫八歲腎氣實,髮長齒更。
Zhàngfū bā suì shèn qì shí, fà zhǎng chǐ gēng.
Traduction
« Chez l’homme, à huit ans, le Qì des Reins devient plein ;
les cheveux poussent et les dents se renouvellent. »
二八腎氣盛,天癸至,精氣溢瀉,陰陽和,故能有子。
Èr bā shèn qì shèng, tiān guǐ zhì, jīng qì yì xiè, yīn yáng hé, gù néng yǒu zǐ.
Traduction
« À deux fois huit ans, le Qì des Reins est florissant ;
le Tiān Guǐ arrive ;
l’essence se remplit et peut s’écouler ;
le Yīn et le Yáng s’harmonisent ;
ainsi l’homme peut engendrer. »
三八腎氣平均,筋骨勁強,故真牙生而長極。
Sān bā shèn qì píng jūn, jīn gǔ jìng qiáng, gù zhēn yá shēng ér zhǎng jí.
Traduction
« À trois fois huit ans, le Qì des Reins s’équilibre ;
les tendons et les os deviennent puissants et robustes ;
ainsi les dents définitives apparaissent et la croissance atteint son apogée. »
四八筋骨隆盛,肌肉滿壯。
Sì bā jīn gǔ lóng shèng, jī ròu mǎn zhuàng.
Traduction
« À quatre fois huit ans, les tendons et les os sont pleinement développés et florissants ;
les muscles sont pleins et vigoureux. »
五八腎氣衰,髮墮齒槁。
Wǔ bā shèn qì shuāi, fà duò chǐ gǎo.
Traduction
« À cinq fois huit ans, le Qì des Reins décline ;
les cheveux tombent et les dents se dessèchent. »
六八陽氣衰竭於上,面焦,髮鬢斑白。
Liù bā yáng qì shuāi jié yú shàng, miàn jiāo, fà bìn bān bái.
Traduction
« À six fois huit ans, le Qì Yáng s’épuise dans la partie supérieure du corps ;
le visage se fane ;
les tempes et les cheveux deviennent grisonnants. »
七八肝氣衰,筋不能動,天癸竭,精少,腎臟衰,形體皆極。
Qī bā gān qì shuāi, jīn bù néng dòng, tiān guǐ jié, jīng shǎo, shèn zàng shuāi, xíng tǐ jiē jí.
Traduction
« À sept fois huit ans, le Qì du Foie décline ;
les tendons ne peuvent plus se mouvoir librement ;
le Tiān Guǐ s’épuise ;
l’essence devient rare ;
les Reins s’affaiblissent ;
la forme corporelle atteint son extrême limite. »
八八則齒髮去。
Bā bā zé chǐ fà qù.
Traduction
« À huit fois huit ans, les dents et les cheveux disparaissent. »
腎者主水,受五臟六腑之精而藏之,故五臟盛,乃能瀉。
Shèn zhě zhǔ shuǐ, shòu wǔ zàng liù fǔ zhī jīng ér cáng zhī, gù wǔ zàng shèng, nǎi néng xiè.
Traduction
« Les Reins gouvernent l’Eau ;
ils reçoivent l’essence des cinq organes et des six entrailles et la stockent ;
ainsi, lorsque les cinq organes sont en plénitude,
ils peuvent alors la libérer. »
今五臟皆衰,筋骨解墮,天癸盡矣,故髮鬢白,身體重,行步不正,而無子耳。
Jīn wǔ zàng jiē shuāi, jīn gǔ jiě duò, tiān guǐ jìn yǐ, gù fà bìn bái, shēntǐ zhòng, xíng bù bù zhèng, ér wú zǐ ěr.
Traduction
« À présent, les cinq organes sont tous affaiblis ;
les tendons et les os se relâchent et s’affaissent ;
le Tiān Guǐ est épuisé ;
ainsi les cheveux et les tempes blanchissent,
le corps devient lourd,
la marche n’est plus stable,
et il n’y a plus de descendance. »
帝曰:有其年已老,而有子者:何也?岐伯曰:此其天壽過度,氣脈常通,而腎氣有餘也。此雖有子,男子不過盡八八,女子不過盡七七,而天地之精氣皆竭矣。
Dì yuē: yǒu qí nián yǐ lǎo ér yǒu zǐ zhě: hé yě?
Qí Bó yuē: cǐ qí tiān shòu guò dù, qì mài cháng tōng, ér shèn qì yǒu yú yě.
Cǐ suī yǒu zǐ, nánzǐ bù guò jìn bā bā, nǚzǐ bù guò jìn qī qī, ér tiān dì zhī jīng qì jiē jié yǐ.
Traduction
L’Empereur dit :
« Il existe pourtant des personnes déjà âgées qui ont encore des enfants : comment cela se fait-il ? »
Qí Bó répondit :
« Cela tient au fait que leur durée de vie céleste dépasse la mesure ordinaire ;
leurs méridiens sont constamment libres et ouverts,
et le Qì des Reins est en excès.
Même s’ils peuvent encore engendrer,
l’homme ne dépasse pas le terme des huit fois huit,
la femme celui des sept fois sept ;
car l’essence et le Qì du Ciel et de la Terre sont alors épuisés. »
帝曰:夫道者年皆百歲,能有子乎?岐伯曰:夫道者能卻老而全形,身年雖壽,能生子也。
Dì yuē: fū Dào zhě nián jiē bǎi suì, néng yǒu zǐ hū?
Qí Bó yuē: fū Dào zhě néng què lǎo ér quán xíng, shēn nián suī shòu, néng shēng zǐ yě.
Traduction
L’Empereur dit :
« Ceux qui suivent le Dào vivent tous cent ans ; peuvent-ils encore avoir des enfants ? »
Qí Bó répondit :
« Ceux qui suivent le Dào peuvent repousser la vieillesse et préserver l’intégrité du corps ;
bien que leur âge soit avancé,
ils peuvent encore engendrer. »
黃帝曰:余聞上古有真人者,提挈天地,把握陰陽,呼吸精氣,獨立守神,肌肉若一,故能壽敝天地,無有終時,此其道生。
Huángdì yuē: yú wén shànggǔ yǒu zhēn rén zhě, tí qiè tiān dì, bǎ wò yīn yáng, hū xī jīng qì, dú lì shǒu shén, jī ròu ruò yī, gù néng shòu bì tiān dì, wú yǒu zhōng shí, cǐ qí Dào shēng.
Traduction
L’Empereur Jaune dit :
« J’ai entendu dire que, dans la haute antiquité, il existait des Êtres véritables (Zhēn Rén) :
ils soutenaient et guidaient le Ciel et la Terre,
maîtrisaient le Yīn et le Yáng,
respiraient l’essence et le Qì,
demeuraient seuls en gardant le Shén,
leur chair et leur corps formaient une unité parfaite ;
ainsi pouvaient-ils vivre aussi longtemps que le Ciel et la Terre,
sans connaître de fin ;
telle est la vie issue du Dào. »
中古之時,有至人者,淳德全道,和於陰陽,調於四時,去世離俗,積精全神,遊行天地之間,視聽八遠之外,此蓋益其壽命而強者也。亦歸於真人。
Zhōnggǔ zhī shí, yǒu zhì rén zhě, chún dé quán Dào, hé yú yīn yáng, tiáo yú sì shí, qù shì lí sú, jī jīng quán shén, yóu xíng tiān dì zhī jiān, shì tīng bā yuǎn zhī wài, cǐ gài yì qí shòu mìng ér qiáng zhě yě. Yì guī yú zhēn rén.
Traduction
« Aux temps intermédiaires, il existait des Êtres accomplis (Zhì Rén) :
leur vertu était pure et leur Dào complet ;
ils étaient en harmonie avec le Yīn et le Yáng,
en accord avec les quatre saisons ;
ils se retiraient du monde et s’éloignaient des usages ordinaires ;
ils accumulaient l’essence et préservaient pleinement l’esprit ;
ils erraient librement entre le Ciel et la Terre,
leur vision et leur audition s’étendaient au-delà des huit directions lointaines ;
ainsi pouvaient-ils accroître leur longévité et leur force.
Eux aussi, en définitive, rejoignaient les Êtres véritables. »
其次有聖人者,處天地之和,從八風之理,適嗜欲於世俗之間,無恚嗔之心,行不欲離於世,被服章,舉不欲觀於俗,外不勞形於事,內無思想之患,以恬愉為務,以自得為功,形體不敝,精神不散,亦可以百數。
Qí cì yǒu shèng rén zhě, chǔ tiān dì zhī hé, cóng bā fēng zhī lǐ, shì shì yù yú shì sú zhī jiān, wú huì chēn zhī xīn, xíng bù yù lí yú shì, pī fú zhāng, jǔ bù yù guān yú sú, wài bù láo xíng yú shì, nèi wú sī xiǎng zhī huàn, yǐ tián yú wéi wù, yǐ zì dé wéi gōng, xíng tǐ bù bì, jīng shén bù sàn, yì kě yǐ bǎi shù.
Traduction
« Viennent ensuite les Sages (Shèng Rén) :
ils résident dans l’harmonie du Ciel et de la Terre,
suivent les lois des huit vents ;
ils adaptent leurs désirs au monde ordinaire,
sans nourrir de colère ni de ressentiment ;
leur conduite ne cherche pas à se couper du monde,
ils portent les vêtements du commun,
leurs actions ne visent pas à se distinguer aux yeux des autres ;
à l’extérieur, ils ne fatiguent pas leur corps par les affaires,
à l’intérieur, ils ne sont pas troublés par les pensées ;
ils prennent pour tâche la sérénité et la joie paisible,
et pour accomplissement la satisfaction intérieure ;
leur corps ne se détériore pas,
leur esprit ne se disperse pas ;
ainsi peuvent-ils eux aussi atteindre une longévité centenaire. »
其次有賢人者,法則天地,象似日月,辨列星辰,逆從陰陽,分別四時,將從上古合同於道,亦可使益壽而有極時。
Qí cì yǒu xián rén zhě, fǎ zé tiān dì, xiàng sì rì yuè, biàn liè xīng chén, nì cóng yīn yáng, fēn bié sì shí, jiāng cóng shànggǔ hé tóng yú Dào, yì kě shǐ yì shòu ér yǒu jí shí.
Traduction
« Viennent ensuite les hommes vertueux (Xián Rén) :
ils prennent le Ciel et la Terre pour règle,
imitent le Soleil et la Lune,
discernent et ordonnent les astres,
s’adaptent aux alternances du Yīn et du Yáng,
différencient les quatre saisons ;
s’efforçant de suivre les Anciens et de s’accorder au Dào,
ils peuvent eux aussi prolonger leur vie,
mais celle-ci a une limite. »
Commentaire du chapitre 1 – 上古天真论
Ce premier chapitre n’est pas un simple texte médical : il constitue une cosmologie de la vie humaine, où physiologie, éthique, rythme cosmique et réalisation spirituelle ne font qu’un.
Dès l’ouverture, la question de l’Empereur Jaune pose un paradoxe fondamental : pourquoi l’homme ancien vivait-il longtemps et en pleine vitalité, alors que l’homme moderne décline précocement ? La réponse de Qí Bó ne relève pas d’une différence biologique, mais d’un écart de relation au Dào.
1. La santé comme alignement avec le Dào
Les anciens « connaissaient le Dào » (知道 zhī dào). Cela signifie qu’ils vivaient en accord avec les lois fondamentales :
Le Yīn-Yáng (陰陽) n’est pas seulement une théorie, mais un rythme incarné dans le corps : alternance activité/repos, intériorisation/extériorisation, conservation/dépense.
Les shù shù (術數) renvoient aux cycles du temps : saisons, rythmes cosmiques, mais aussi cycles internes. On retrouve ici directement les fondements du calendrier énergétique et des Jié Qì que tu développes.
Dans cette perspective, la santé n’est pas une absence de maladie, mais une justesse de position dans le flux du réel.
2. Le triptyque fondamental : Jīng – Qì – Shén
Tout le chapitre repose implicitement sur la triade :
- 精 jīng : l’essence, racine de la vie, liée aux Reins
- 氣 qì : la dynamique, le mouvement
- 神 shén : la conscience, l’esprit
Les anciens « formaient une unité de forme et d’esprit » (形與神俱 xíng yǔ shén jù).
Cela exprime une cohésion parfaite entre matière et conscience.
À l’inverse, l’homme moderne :
- épuise son Jīng par les excès (désirs, sexualité désordonnée)
- disperse son Qì (rythmes anarchiques)
- trouble son Shén (agitation mentale, émotions)
On retrouve ici exactement la logique du déclin : dispersion → désorganisation → vieillissement.
3. Le rôle central du Rein (腎 Shèn)
Le chapitre insiste fortement sur le Shèn comme racine :
Il « reçoit et stocke l’essence des cinq organes ».
Cela signifie que le Rein est le réservoir global de la vie, nourri par l’ensemble du système.
Les cycles de 7 (femme) et 8 (homme) traduisent l’évolution du Jīng rénal dans le temps.
Ces cycles ne sont pas seulement biologiques, mais profondément cosmologiques :
- 7 → cycle lié au Yīn
- 8 → cycle lié au Yáng
On voit ici une correspondance directe avec les lois du Yì Jīng (易經).
Le déclin n’est pas une maladie : c’est une consommation progressive du capital originel.
4. Le Tiān Guǐ (天癸) : clé de la maturité et de la fertilité
Le Tiān Guǐ apparaît comme une manifestation du Jīng à maturité.
Il n’est pas une substance anatomique, mais une fonction cosmique incarnée :
le moment où l’être humain devient capable de participer à la génération de la vie.
Sa disparition marque non seulement la fin de la fertilité, mais aussi une fermeture d’un cycle céleste dans le corps.
5. Hygiène de vie et médecine préventive
Le texte pose les bases de toute la prévention en MTC :
- modération alimentaire
- régularité des rythmes
- maîtrise des désirs
- économie de l’effort
Mais surtout :
« 恬惔虛無,真氣從之 »
« Dans la vacuité paisible, le Qì véritable suit. »
Cela signifie que la santé naît d’un état intérieur de non-agitation.
On est ici très proche de la méditation daoïste :
le corps n’est pas réparé de l’extérieur, il s’auto-régule lorsque le Shén est stable.
6. Vieillissement : une perte d’unité
Le vieillissement est décrit comme une désagrégation progressive :
- les Zàng s’affaiblissent
- les tendons et les os se relâchent
- le Jīng s’épuise
- le Shén se disperse
Ce n’est pas simplement une usure, mais une perte de cohérence interne.
7. Les quatre niveaux d’accomplissement
La fin du chapitre introduit une hiérarchie essentielle :
- 賢人 xián rén : suivent les lois naturelles → longévité limitée
- 聖人 shèng rén : vivent en harmonie sans se retirer du monde
- 至人 zhì rén : cultivent consciemment le Jīng–Qì–Shén
- 真人 zhēn rén : réalisent l’unité avec le Dào
On retrouve ici une progression initiatique :
régulation → harmonie → transformation → réalisation
Le Zhēn Rén dépasse les cycles, non en les niant, mais en les intégrant pleinement.
8. Lecture en alchimie interne (nèidān 内丹)
Ce chapitre peut se lire comme un véritable manuel d’alchimie implicite :
- « conserver le Jīng » → base du travail
- « faire suivre le Qì » → circulation
- « garder le Shén à l’intérieur » → stabilisation
Cela correspond exactement aux étapes classiques :
liàn jīng huà qì → liàn qì huà shén → liàn shén huán xū
Dans cette perspective, la longévité n’est qu’un effet secondaire :
le véritable objectif est la réalisation du Dào dans le corps.
9. Résonance avec le Nèi Jīng Tú
Tout le chapitre peut être projeté dans la carte du paysage intérieur :
- le Rein comme racine (bas de la carte)
- la montée du Qì (axe central)
- la conservation du Shén (partie supérieure / Niwan 泥丸)
Le passage sur la respiration du Jīng et du Qì fait directement écho à la circulation microcosmique que tu évoques (Ren Mai / Du Mai).
Le texte ne décrit pas explicitement la pratique, mais il en donne les principes fondamentaux.
Conclusion
Ce chapitre pose une vision radicale :
La maladie, le vieillissement précoce et la perte de vitalité ne sont pas des fatalités,
mais les conséquences d’un désalignement avec le Dào.
À l’inverse, la longévité — voire la réalisation — repose sur :
- la conservation du Jīng
- l’harmonisation du Qì
- la stabilité du Shén
- et surtout une vie accordée aux rythmes du Ciel et de la Terre
En ce sens, le Huángdì Nèijīng n’est pas seulement un traité médical :
c’est un guide de vie et de transformation intérieure.
- Détails
- Écrit par : Romain Gourmand
- Catégorie : Huang Di Nei Jing Su Wen
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四氣調神大論 — Sì Qì Tiáo Shén Dà Lùn
Grand traité sur l’harmonisation de l’esprit selon les quatre saisons
春三月,此为发陈。天地俱生,万物以荣,夜卧早起,广步于庭,被发缓形,以使志生,生而勿杀,予而勿夺,赏而勿罚,此春气之应,养生之道也;逆之则伤肝,夏为实寒变,奉长者少。
Chūn sān yuè, cǐ wéi fā chén.
Tiāndì jù shēng, wànwù yǐ róng,
yè wò zǎo qǐ, guǎng bù yú tíng,
pī fà huǎn xíng, yǐ shǐ zhì shēng,
shēng ér wù shā, yǔ ér wù duó,
shǎng ér wù fá,
cǐ chūn qì zhī yìng, yǎng shēng zhī dào yě;
nì zhī zé shāng gān, xià wéi shí hán biàn, fèng zhǎng zhě shǎo.
Traduction
Durant les trois mois du printemps, c’est ce que l’on appelle « déploiement et mise au jour ».
Le Ciel et la Terre engendrent ensemble, et les dix mille êtres s’épanouissent.
On se couche tard et on se lève tôt, on marche largement dans la cour.
On laisse les cheveux déliés, on relâche le corps, afin de permettre à l’élan intérieur de naître.
On favorise la vie sans tuer, on donne sans prendre, on récompense sans punir.
Telle est la correspondance au Qì du printemps, telle est la voie pour nourrir la vie.
Si l’on agit à contre-courant, le Foie est blessé ; en été apparaîtront des troubles de froid en plénitude, et la capacité à soutenir la croissance sera diminuée.
夏三月,此为蕃秀。天地气交,万物华实,夜卧早起,无厌于日,使志勿怒,使华英成秀,使气得泄,若所爱在外,此夏气之应,养长之道也;逆之则伤心,秋为痎疟,奉收者少,冬至重病。
Xià sān yuè, cǐ wéi fán xiù.
Tiāndì qì jiāo, wànwù huá shí,
yè wò zǎo qǐ, wú yàn yú rì,
shǐ zhì wù nù,
shǐ huá yīng chéng xiù,
shǐ qì dé xiè,
ruò suǒ ài zài wài,
cǐ xià qì zhī yìng, yǎng zhǎng zhī dào yě;
nì zhī zé shāng xīn, qiū wéi jiē nüè, fèng shōu zhě shǎo, dōng zhì zhòng bìng.
Traduction
Durant les trois mois de l’été, c’est ce que l’on appelle « profusion et floraison ».
Les Qì du Ciel et de la Terre s’entrelacent, et les dix mille êtres fleurissent et portent leurs fruits.
On se couche tard et on se lève tôt, sans se lasser du soleil.
On veille à ne pas laisser la volonté s’irriter.
On permet aux fleurs et aux bourgeons de s’épanouir pleinement.
On laisse le Qì s’exprimer et se déployer.
On agit comme si ce que l’on aime se trouvait à l’extérieur.
Telle est la correspondance au Qì de l’été, telle est la voie pour nourrir la croissance.
Si l’on agit à contre-courant, le Cœur est blessé ; en automne apparaîtront des fièvres intermittentes, la fonction de récolte sera insuffisante, et à l’hiver surviendront des maladies graves.
秋三月,此谓容平,天气以急,地气以明,早卧早起,与鸡俱兴,使志安宁,以缓秋刑,收敛神气,使秋气平,无外其志,使肺气清,此秋气之应,养收之道也;逆之则伤肺,冬为飧泄,奉藏者少。
Qiū sān yuè, cǐ wèi róng píng.
Tiān qì yǐ jí, dì qì yǐ míng,
zǎo wò zǎo qǐ, yǔ jī jù xīng,
shǐ zhì ān níng,
yǐ huǎn qiū xíng,
shōu liǎn shén qì,
shǐ qiū qì píng,
wú wài qí zhì,
shǐ fèi qì qīng,
cǐ qiū qì zhī yìng, yǎng shōu zhī dào yě;
nì zhī zé shāng fèi, dōng wéi sūn xiè, fèng cáng zhě shǎo.
Traduction
Durant les trois mois de l’automne, c’est ce que l’on appelle « mise en ordre et nivellement ».
Le Qì du Ciel devient plus tranchant, le Qì de la Terre devient plus clair.
On se couche tôt et on se lève tôt, en accord avec le chant du coq.
On veille à apaiser l’esprit.
On adoucit la rigueur propre à l’automne.
On recueille et on rassemble le Shén et le Qì.
On maintient l’équilibre du Qì d’automne.
On ne projette pas la volonté vers l’extérieur.
On garde le Qì du Poumon pur et clair.
Telle est la correspondance au Qì de l’automne, telle est la voie pour nourrir la récolte.
Si l’on agit à contre-courant, le Poumon est blessé ; en hiver apparaîtront des diarrhées alimentaires, et la fonction de stockage sera insuffisante.
冬三月,此为闭藏。水冰地坼,勿扰乎阳,早卧晚起,必待日光,使志若伏若匿,若有私意,若已有得,去寒就温,无泄皮肤,使气极夺。此冬气之应,养藏之道也;逆之则伤肾,春为痿厥,奉生者少。
Dōng sān yuè, cǐ wéi bì cáng.
Shuǐ bīng dì chè, wù rǎo hū yáng,
zǎo wò wǎn qǐ, bì dài rì guāng,
shǐ zhì ruò fú ruò nì,
ruò yǒu sī yì,
ruò yǐ yǒu dé,
qù hán jiù wēn,
wú xiè pí fū,
shǐ qì jí duó.
Cǐ dōng qì zhī yìng, yǎng cáng zhī dào yě;
nì zhī zé shāng shèn, chūn wéi wěi jué, fèng shēng zhě shǎo.
Traduction
Durant les trois mois de l’hiver, c’est ce que l’on appelle « fermeture et stockage ».
L’eau gèle et la terre se fissure, il ne faut pas perturber le Yáng.
On se couche tôt et on se lève tard, en attendant la lumière du jour.
On maintient la volonté comme enfouie, comme cachée.
Comme si l’on avait une intention secrète.
Comme si l’on possédait déjà quelque chose.
On évite le froid et on recherche la chaleur.
On ne laisse pas s’échapper le Qì par la peau.
On évite que le Qì ne soit excessivement dissipé.
Telle est la correspondance au Qì de l’hiver, telle est la voie pour nourrir le stockage.
Si l’on agit à contre-courant, les Reins sont blessés ; au printemps apparaîtront des flaccidités et des inversions, et la capacité à engendrer sera insuffisante.
天气清净,光明者也,藏德不止,故不下也。
Tiān qì qīng jìng, guāng míng zhě yě,
cáng dé bù zhǐ, gù bù xià yě.
Traduction
Le Qì du Ciel est clair et pur, il est lumineux.
La vertu qu’il contient ne cesse pas, c’est pourquoi il ne descend pas.
天明则日月不明,邪害空窍。阳气者闭塞,地气者冒明,云雾不精,则上应白露不下。
Tiān míng zé rì yuè bù míng, xié hài kōng qiào.
Yáng qì zhě bì sè, dì qì zhě mào míng,
yún wù bù jīng, zé shàng yìng bái lù bù xià.
Traduction
Si le Ciel est excessivement lumineux, alors le soleil et la lune ne peuvent plus briller.
Les influences perverses nuisent aux orifices.
Le Qì Yáng se trouve obstrué,
le Qì de la Terre s’élève de façon trouble,
les nuages et les brumes perdent leur pureté,
alors, en correspondance en haut, la rosée blanche ne descend pas.
交通不表,万物命故不施,不施则名木多死。
恶气不发,风雨不节,白露不下,则菀不荣。
贼风数至,暴雨数起,天地四时不相保,与道相失,则未央绝灭。
Jiāo tōng bù biǎo, wànwù mìng gù bù shī,
bù shī zé míng mù duō sǐ.
È qì bù fā, fēng yǔ bù jié,
bái lù bù xià, zé wǎn bù róng.
Zéi fēng shuò zhì, bào yǔ shuò qǐ,
tiāndì sì shí bù xiāng bǎo,
yǔ dào xiāng shī, zé wèi yāng jué miè.
Traduction
Si les communications ne se manifestent pas, alors le mandat vital des dix mille êtres ne peut s’exercer ;
s’il ne s’exerce pas, les arbres renommés eux-mêmes dépérissent et meurent en grand nombre.
Si les souffles nocifs ne peuvent s’exprimer, si le vent et la pluie ne suivent pas leur juste mesure,
si la rosée blanche ne descend pas, alors la végétation ne peut prospérer.
Si les vents pervers surviennent fréquemment, si les pluies violentes se lèvent à répétition,
alors le Ciel et la Terre, ainsi que les quatre saisons, ne peuvent plus se maintenir mutuellement ;
en perdant l’accord avec le Dào, cela conduit à une extinction prématurée.
唯圣人从之,故身无奇病,万物不失,生气不竭。
Wéi shèng rén cóng zhī,
gù shēn wú qí bìng,
wànwù bù shī,
shēng qì bù jié.
Seul le sage s’y conforme ;
ainsi, son corps n’est atteint d’aucune maladie étrange,
les dix mille êtres ne dépérissent pas,
et le souffle vital ne s’épuise pas.
逆春气则少阳不生,肝气内变。
Nì chūn qì zé shào yáng bù shēng,
gān qì nèi biàn.
Traduction
Si l’on va à l’encontre du Qì du printemps, alors le Shào Yáng ne peut naître,
et le Qì du Foie se transforme intérieurement.
逆夏气则太阳不长,心气内洞。
Nì xià qì zé tài yáng bù zhǎng,
xīn qì nèi dòng.
Traduction
Si l’on va à l’encontre du Qì de l’été, alors le Tài Yáng ne peut croître,
et le Qì du Cœur devient intérieurement vide.
逆秋气则太阴不收,肺气焦满。
Nì qiū qì zé tài yīn bù shōu,
fèi qì jiāo mǎn.
Traduction
Si l’on va à l’encontre du Qì de l’automne, alors le Tài Yīn ne peut recueillir,
et le Qì du Poumon devient desséché et en plénitude.
逆冬气则少阴不藏,肾气独沉。
Nì dōng qì zé shào yīn bù cáng,
shèn qì dú chén.
Traduction
Si l’on va à l’encontre du Qì de l’hiver, alors le Shào Yīn ne peut stocker,
et le Qì des Reins s’enfonce seul.
夫四时阴阳者,万物之根本也。
所以圣人春夏养阳,秋冬养阴,以从其根;
故与万物沉浮于生长之门,逆其根则伐其本,坏其真矣。
故阴阳四时者,万物之终始也;生死之本也;
逆之则灾害生,从之则苛疾不起,是谓得道。
道者圣人行之,愚者佩之。
从阴阳则生,逆之则死;
从之则治,逆之则乱。
反顺为逆,是谓内格。
Fū sì shí yīn yáng zhě, wànwù zhī gēn běn yě.
Suǒyǐ shèng rén chūn xià yǎng yáng, qiū dōng yǎng yīn, yǐ cóng qí gēn;
gù yǔ wànwù chén fú yú shēng zhǎng zhī mén, nì qí gēn zé fá qí běn, huài qí zhēn yǐ.
Gù yīn yáng sì shí zhě, wànwù zhī zhōng shǐ yě; shēng sǐ zhī běn yě;
nì zhī zé zāi hài shēng, cóng zhī zé kē jí bù qǐ, shì wèi dé dào.
Dào zhě shèng rén xíng zhī, yú zhě pèi zhī.
Cóng yīn yáng zé shēng, nì zhī zé sǐ;
cóng zhī zé zhì, nì zhī zé luàn.
Fǎn shùn wéi nì, shì wèi nèi gé.
Traduction
Les quatre saisons du Yīn et du Yáng sont la racine de tous les êtres.
C’est pourquoi le sage nourrit le Yáng au printemps et en été, et nourrit le Yīn en automne et en hiver, afin de suivre cette racine.
Ainsi, il accompagne les dix mille êtres dans leurs mouvements d’élévation et de descente à la porte de la naissance et de la croissance ; s’il va à l’encontre de cette racine, il coupe à la base et détruit la véritable nature.
Ainsi, le Yīn et le Yáng des quatre saisons constituent le commencement et l’achèvement de tous les êtres ; ils sont la racine de la vie et de la mort.
Aller à leur encontre engendre calamités et désastres ; s’y conformer empêche l’apparition des maladies graves : c’est ce qu’on appelle être en accord avec le Dào.
Le Dào, le sage le met en pratique ; l’homme ordinaire s’en pare seulement.
Suivre le Yīn et le Yáng, c’est vivre ; les contrarier, c’est mourir.
S’y conformer, c’est l’ordre ; les contrarier, c’est le désordre.
Aller à l’encontre de ce qui est conforme, c’est ce que l’on appelle opposition interne.
是故圣人不治己病,治未病;不治己乱,治未乱,此之谓也。
夫病已成而后药之,乱已成而后治之,譬犹渴而穿井,斗而铸锥,不亦晚乎?
Shì gù shèng rén bù zhì yǐ bìng, zhì wèi bìng;
bù zhì yǐ luàn, zhì wèi luàn, cǐ zhī wèi yě.
Fū bìng yǐ chéng ér hòu yào zhī,
luàn yǐ chéng ér hòu zhì zhī,
pì yóu kě ér chuān jǐng,
dòu ér zhù zhuī,
bù yì wǎn hū?
Traduction
C’est pourquoi le sage ne traite pas la maladie déjà installée, mais traite ce qui n’est pas encore malade ;
il ne traite pas le désordre déjà formé, mais traite ce qui n’est pas encore désordonné : c’est cela que l’on entend par là.
Lorsque la maladie est déjà constituée et qu’ensuite on la soigne,
lorsque le désordre est déjà établi et qu’ensuite on le corrige,
c’est comme creuser un puits quand on a soif,
ou forger des armes une fois le combat engagé :
n’est-ce pas trop tard ?
Commentaire du chapitre 2 – 四气调神大论
Ce chapitre est l’un des piliers de toute la pensée médicale et daoïste chinoise, car il établit une loi fondamentale : la vie humaine est une résonance directe avec le rythme du Ciel et de la Terre. Il ne s’agit pas simplement d’un texte de diététique saisonnière, mais d’un véritable traité sur la manière d’habiter le Dào dans le corps.
Dès l’ouverture, le texte pose les quatre saisons comme l’expression du mouvement du Yīn et du Yáng dans le temps. Le printemps déploie, l’été fait croître, l’automne recueille, l’hiver conserve. Ce cycle n’est pas seulement cosmologique : il constitue la structure même de la physiologie humaine. Le corps devient ainsi un microcosme où se rejoue en permanence le rythme universel.
En médecine chinoise, cette dynamique se traduit par les cinq organes, chacun enraciné dans une saison : le Foie au printemps, le Cœur en été, le Poumon en automne, le Rein en hiver. Mais le texte va plus loin qu’une simple correspondance organique : il décrit un mouvement du Qì, une transformation continue. Le Foie assure l’émergence, le Cœur la diffusion, le Poumon la régulation et la descente, le Rein le stockage. Toute perturbation de ce cycle entraîne une rupture dans la circulation du Qì, et donc la maladie.
Ce qui est remarquable, c’est que cette régulation ne repose pas uniquement sur des techniques, mais sur une manière d’être. Le texte insiste sur le rythme de vie, mais aussi sur l’attitude intérieure. Au printemps, il faut laisser croître sans contraindre ; en été, permettre l’expansion sans agitation ; en automne, recueillir sans rigidifier ; en hiver, conserver sans bloquer. À chaque saison correspond ainsi une qualité du Shén, une orientation de la conscience.
On comprend alors que la médecine du Nèijīng est inséparable d’une éthique. Les injonctions comme « ne pas tuer », « ne pas punir », « ne pas se mettre en colère » ne sont pas morales au sens social, mais énergétiques. Elles décrivent ce qui favorise ou entrave la circulation du Qì. La colère bloque le Foie, l’agitation disperse le Cœur, la dispersion extérieure lèse le Poumon, la fuite du Yáng affaiblit le Rein.
Le texte met également en lumière la logique des cycles. Une erreur commise au printemps ne se manifeste pas immédiatement, mais se répercute en été, puis en automne et en hiver. Cela illustre la profondeur du modèle chinois : la maladie est un processus, non un événement. Elle prend racine bien avant son apparition visible.
Dans une lecture d’alchimie interne, ce chapitre prend une dimension encore plus profonde. Les quatre saisons peuvent être comprises comme les phases du travail intérieur. Le printemps correspond à l’éveil du Yáng dans le Dān Tián inférieur, l’été à son expansion et à sa diffusion dans les méridiens, l’automne à son raffinement et à sa condensation, l’hiver à son retour à la racine, dans le stockage du Jīng et du Qì. Ce mouvement évoque directement la circulation de l’orbite microcosmique, où le Qì monte par le Dū Mài et redescend par le Rèn Mài, dans un cycle continu de transformation.
Le passage sur le Ciel et la Terre introduit une autre clé de lecture essentielle. Le Ciel est décrit comme clair, lumineux, porteur d’une vertu qui ne descend pas. La Terre, quant à elle, reçoit, transforme et manifeste. Lorsque cette communication entre le haut et le bas est perturbée, le texte décrit un désordre cosmique : les nuages deviennent impurs, la rosée ne descend plus, les cycles climatiques se dérèglent. Cette description est à la fois météorologique et intérieure. Elle renvoie à la perte de communication entre le haut (Shén) et le bas (Jīng), entre le Ciel et la Terre en l’homme.
C’est ici que la lecture par le Nèi Jīng Tú devient particulièrement éclairante. La carte du paysage intérieur montre précisément cette circulation entre les pôles : le Rein (eau du Nord), le Cœur (feu du Sud), reliés par les axes centraux. Lorsque cette circulation est harmonieuse, le « Ciel interne » et la « Terre interne » communiquent. Lorsque le mouvement est rompu, le Qì se bloque, s’inverse ou se disperse.
La dernière partie du chapitre synthétise l’ensemble en une formule fondamentale : les quatre saisons du Yīn et du Yáng sont la racine de la vie et de la mort. Nourrir le Yáng au printemps et en été, nourrir le Yīn en automne et en hiver, c’est revenir à la racine. Aller contre ce mouvement, c’est « couper à la base », détruire le fondement même de la vie.
Le texte introduit alors une distinction essentielle entre le sage et l’homme ordinaire. Le sage « pratique le Dào », tandis que l’homme ordinaire « s’en pare ». Autrement dit, le sage incarne le rythme du vivant, tandis que l’autre se contente d’un savoir superficiel. Cette opposition est fondamentale dans toute la tradition daoïste.
Enfin, la conclusion sur la prévention résume toute la médecine chinoise : traiter avant que la maladie n’apparaisse. Cette idée n’est pas seulement médicale, elle est ontologique. Elle implique une perception fine des déséquilibres avant qu’ils ne se manifestent. Elle suppose une présence à soi, une écoute du Qì, une capacité à sentir les infimes variations du vivant.
Ainsi, ce chapitre nous enseigne que la santé ne repose ni sur la lutte ni sur la correction, mais sur l’accord profond avec le mouvement du Dào. Être en bonne santé, c’est être accordé. Être malade, c’est être en rupture.
Et derrière cette simplicité apparente se cache une exigence immense :
vivre non pas selon ses désirs, mais selon le rythme du Ciel et de la Terre.
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- Écrit par : Romain Gourmand
- Catégorie : Huang Di Nei Jing Su Wen
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生气通天论篇第三
Shēng Qì Tōng Tiān Lùn Piān Dì Sān
Traité de la communication du Qì vital avec le Ciel
黃帝曰:夫自古通天者,生之本,本於陰陽。
Huángdì yuē : fú zì gǔ tōng tiān zhě, shēng zhī běn, běn yú yīn yáng.
Traduction française
L’Empereur Jaune dit :
« Depuis les temps anciens, ce qui permet de communiquer avec le Ciel constitue la racine de la vie ; et cette racine elle-même repose sur le Yīn et le Yáng. »
天地之間,六合之內,其氣九州、九竅、五臟十二節,皆通乎天氣。
Tiāndì zhī jiān, liùhé zhī nèi, qí qì jiǔ zhōu, jiǔ qiào, wǔ zàng shí’èr jié, jiē tōng hū tiān qì.
Traduction
Entre le Ciel et la Terre, à l’intérieur des Six Directions,
le Qì se déploie dans les neuf régions, les neuf orifices, les cinq organes et les douze articulations ;
tout cela est en communication avec le Qì du Ciel.
其生五,其氣三,數犯此者,則邪氣傷人,此壽命之本也。
Qí shēng wǔ, qí qì sān, shù fàn cǐ zhě, zé xié qì shāng rén, cǐ shòu mìng zhī běn yě.
Traduction
Ses engendrements sont au nombre de cinq, son Qì se manifeste en trois ;
si l’on transgresse fréquemment ces principes, alors les Qì pervers blessent l’homme ;
c’est là le fondement même de la longévité.
蒼天之氣,清靜則志意治,順之則陽氣固,雖有賊邪,弗能害也,此因時之序。
Cāng tiān zhī qì, qīng jìng zé zhì yì zhì, shùn zhī zé yáng qì gù, suī yǒu zéi xié, fú néng hài yě, cǐ yīn shí zhī xù.
Traduction
Le Qì du Ciel azuré, lorsqu’il est clair et paisible, ordonne la volonté et l’intention ;
si l’on s’y conforme, le Yáng Qì devient stable ;
alors, même s’il existe des influences perverses, elles ne peuvent nuire ;
cela relève de l’adaptation à l’ordre des saisons.
故聖人傳精神,服天氣而通神明。失之則內閉九竅,外壅肌肉,衛氣解散,此謂自傷,氣之削也。
Gù shèngrén chuán jīng shén, fú tiān qì ér tōng shén míng. Shī zhī zé nèi bì jiǔ qiào, wài yōng jī ròu, wèi qì jiě sàn, cǐ wèi zì shāng, qì zhī xuē yě.
Traduction
Ainsi, le Sage préserve et transmet l’essence et l’esprit,
il s’accorde au Qì du Ciel et communique avec la clarté spirituelle.
S’il perd cela, alors intérieurement les neuf orifices se ferment,
extérieurement les chairs et les muscles se congestionnent,
le Qì défensif se disperse ;
cela s’appelle se blesser soi-même, une atteinte au Qì.
陽氣者,若天與日,失其所,則折壽而不彰。故天運當以日光明。是故陽因而上,衛外者也。
Yáng qì zhě, ruò tiān yǔ rì, shī qí suǒ, zé zhé shòu ér bù zhāng.
Gù tiān yùn dāng yǐ rì guāng míng.
Shì gù yáng yīn ér shàng, wèi wài zhě yě.
Traduction
Le Yáng Qì est comme le Ciel et le Soleil ;
s’il perd sa juste position, la durée de vie est écourtée et ne peut s’épanouir.
Ainsi, le mouvement du Ciel doit sa clarté à la lumière du Soleil.
C’est pourquoi le Yáng, suivant son impulsion, s’élève vers le haut
et assure la protection de l’extérieur.
因於寒,欲如運樞,起居如驚,神氣乃浮。
Yīn yú hán, yù rú yùn shū, qǐ jū rú jīng, shén qì nǎi fú.
Traduction
Sous l’influence du froid, le désir s’agite comme un pivot en mouvement ;
les activités et le repos deviennent précipités, comme sous l’effet de la peur ;
alors le Qì de l’esprit s’élève et se disperse.
因於暑汗,煩則喘喝,靜則多言。
Yīn yú shǔ hàn, fán zé chuǎn hè, jìng zé duō yán.
Traduction
Sous l’effet de la chaleur et de la transpiration,
l’agitation entraîne une respiration haletante et bruyante ;
et même au repos, la parole devient excessive.
體若燔炭,汗出而散。
Tǐ ruò fán tàn, hàn chū ér sàn.
Traduction
Le corps est comme du charbon ardent ;
la sueur s’écoule et le Qì se disperse.
因於濕,首如裹。濕熱不攘,大筋緛短,小筋弛長。緛短為拘,弛長為痿。
Yīn yú shī, shǒu rú guǒ.
Shī rè bù rǎng, dà jīn ruǎn duǎn, xiǎo jīn chí cháng.
Ruǎn duǎn wéi jū, chí cháng wéi wěi.
Traduction
Sous l’influence de l’humidité, la tête est comme enveloppée.
Si l’humidité-chaleur n’est pas éliminée, les grands tendons deviennent relâchés et raccourcis,
les petits tendons se distendent et s’allongent.
Le raccourcissement entraîne les contractures,
l’allongement entraîne la flaccidité (wěi).
因於氣,為腫。四維相代,陽氣乃竭。
Yīn yú qì, wéi zhǒng.
Sì wéi xiāng dài, yáng qì nǎi jié.
Traduction
Sous l’effet du Qì, il se forme des gonflements.
Lorsque les quatre directions se substituent les unes aux autres, le Yáng Qì s’épuise.
陽氣者,煩勞則張,精絕,辟積於夏,使人煎厥;目盲不可以視,耳閉不可以聽,潰潰乎若壞都,汨汨乎不可止。
Yáng qì zhě, fán láo zé zhāng, jīng jué, pì jī yú xià, shǐ rén jiān jué;
mù máng bù kě yǐ shì, ěr bì bù kě yǐ tīng, kuì kuì hū ruò huài dū, mì mì hū bù kě zhǐ.
Traduction
Le Yáng Qì, lorsqu’il est soumis à l’agitation et au surmenage, se dilate ;
l’essence s’épuise, les accumulations pathogènes s’installent en été,
et cela peut conduire à des collapsus par épuisement brûlant.
Les yeux deviennent aveugles et ne peuvent plus voir,
les oreilles se ferment et ne peuvent plus entendre ;
tout s’effondre comme une cité en ruine,
et l’écoulement devient incessant, impossible à arrêter.
陽氣者,大怒則形氣絕而血菀於上,使人薄厥。
Yáng qì zhě, dà nù zé xíng qì jué ér xuè yù yú shàng, shǐ rén bó jué.
Traduction
Le Yáng Qì, en cas de grande colère, provoque une rupture du Qì corporel ;
le sang s’accumule alors dans la partie supérieure,
ce qui entraîne chez l’homme des syncopes soudaines (bó jué).
有傷於筋,縱,其若不容。
Yǒu shāng yú jīn, zòng, qí ruò bù róng.
Traduction
S’il y a atteinte des tendons, ils deviennent relâchés ;
le corps semble alors ne plus pouvoir contenir ni soutenir ses mouvements.
汗出偏沮,使人偏枯。
Hàn chū piān jǔ, shǐ rén piān kū.
Traduction
Une transpiration déséquilibrée et unilatérale affaiblit localement ;
elle peut conduire à une atrophie partielle du corps.
汗出見濕,乃生痤痱。
Hàn chū jiàn shī, nǎi shēng cuó fèi.
Traduction
Lorsque la sueur rencontre l’humidité,
apparaissent alors des lésions cutanées, telles que boutons et éruptions (cuó fèi).
高粱之變,足生大丁,受如持虛。
Gāo liáng zhī biàn, zú shēng dà dīng, shòu rú chí xū.
Traduction
Les excès d’aliments riches et raffinés entraînent des transformations pathologiques :
de gros furoncles apparaissent aux pieds,
et leur sensation est comme celle d’un vide que l’on tient.
勞汗當風,寒薄為皶,鬱乃痤。
Láo hàn dāng fēng, hán bó wéi zhā, yù nǎi cuó.
Traduction
Transpirer sous l’effet de l’effort et s’exposer au vent,
le froid s’y infiltre et provoque des lésions cutanées (zhā) ;
si cela stagne, cela évolue en éruptions inflammatoires (cuó).
陽氣者,精則養神,柔則養筋。
Yáng qì zhě, jīng zé yǎng shén, róu zé yǎng jīn.
Traduction
Le Yáng Qì, lorsqu’il est raffiné, nourrit l’esprit ;
lorsqu’il est souple, il nourrit les tendons.
開闔不得,寒氣從之,乃生大僂。
Kāi hé bù dé, hán qì cóng zhī, nǎi shēng dà lǚ.
Traduction
Si les fonctions d’ouverture et de fermeture ne s’accomplissent plus correctement,
le froid en profite pour pénétrer ;
il en résulte de grandes déformations du corps (voûture, courbure).
陷脈為瘺,留連肉腠。
Xiàn mài wéi lòu, liú lián ròu còu.
Traduction
Lorsque les vaisseaux s’affaissent, ils donnent naissance à des fistules (lòu) ;
celles-ci s’attardent et s’enracinent dans les chairs et les tissus cutanés.
俞氣化薄,傳為善畏,及為驚駭。
Shù qì huà báo, chuán wéi shàn wèi, jí wéi jīng hài.
Traduction
Lorsque le Qì des points Shù se transforme de façon insuffisante,
il se transmet en une tendance à la crainte excessive,
allant jusqu’à provoquer des états de frayeur et de terreur.
營氣不從,逆於肉理,乃生癰腫。
Yíng qì bù cóng, nì yú ròu lǐ, nǎi shēng yōng zhǒng.
Traduction
Si le Qì nourricier ne circule plus harmonieusement,
il se rebelle contre la trame des tissus,
et il en résulte des abcès et des tuméfactions.
魄汗未盡,形弱而氣爍,穴俞以閉,發為風瘧。
Pò hàn wèi jìn, xíng ruò ér qì shuò, xué shù yǐ bì, fā wéi fēng nüè.
Traduction
Lorsque la sueur du Pò n’est pas totalement éliminée,
le corps s’affaiblit et le Qì se consume ;
les points et les zones Shù se ferment,
et cela se manifeste sous forme de paludisme de type Vent (fēng nüè).
故風者,百病之始也,清靜則肉腠閉拒,雖有大風苛毒,弗之能害,此因時之序也。
Gù fēng zhě, bǎi bìng zhī shǐ yě, qīng jìng zé ròu còu bì jù,
suī yǒu dà fēng kē dú, fú zhī néng hài, cǐ yīn shí zhī xù yě.
Traduction
Ainsi, le Vent est l’origine de cent maladies ;
si l’on demeure dans la clarté et la quiétude, les tissus cutanés se ferment et résistent ;
même en présence de vents violents et d’influences toxiques, ils ne peuvent nuire ;
cela relève de l’adaptation à l’ordre des saisons.
故病久則傳化,上下不並,良醫弗為。
Gù bìng jiǔ zé chuán huà, shàng xià bù bìng, liáng yī fú wéi.
Traduction
Ainsi, lorsque la maladie se prolonge, elle se transforme et se transmet ;
le haut et le bas ne sont plus en harmonie ;
un bon médecin ne laisse pas cela se produire.
故陽畜積病死,而陽氣當隔。隔者當瀉,不亟正治,粗乃敗之。
Gù yáng xù jī bìng sǐ, ér yáng qì dāng gé.
Gé zhě dāng xiè, bù jí zhèng zhì, cū nǎi bài zhī.
Traduction
Ainsi, lorsque le Yáng s’accumule et s’entasse, la maladie peut conduire à la mort,
car le Yáng Qì se trouve bloqué.
Ce qui est bloqué doit être drainé ;
si l’on n’applique pas rapidement un traitement juste,
une pratique grossière mènera à l’échec.
故陽氣者,一日而主外。平旦人氣生,日中而陽氣隆,日西而陽氣已虛,氣門乃閉。是故暮而收拒,無擾筋骨,無見霧露,反此三時,形乃困薄。
Gù yáng qì zhě, yī rì ér zhǔ wài.
Píng dàn rén qì shēng, rì zhōng ér yáng qì lóng, rì xī ér yáng qì yǐ xū, qì mén nǎi bì.
Shì gù mù ér shōu jù, wú rǎo jīn gǔ, wú jiàn wù lù, fǎn cǐ sān shí, xíng nǎi kùn bó.
Traduction
Ainsi, le Yáng Qì gouverne l’extérieur au cours d’une journée.
À l’aube, le Qì de l’homme naît ;
à midi, le Yáng Qì est à son apogée ;
au coucher du soleil, le Yáng Qì décline, et les portes du Qì se ferment.
C’est pourquoi, au crépuscule, il convient de se recueillir et de se protéger,
de ne pas perturber les tendons et les os,
de ne pas s’exposer aux brumes ni à la rosée.
Si l’on agit à l’encontre de ces trois moments,
le corps s’épuise et s’affaiblit.
岐伯曰:陰者藏精而起極也,陽者衛外而為固也。陰不勝其陽,則脈流薄疾,並乃狂。陽不勝其陰,則五臟氣爭,九竅不通。
Qíbó yuē : yīn zhě cáng jīng ér qǐ jí yě, yáng zhě wèi wài ér wéi gù yě.
Yīn bù shèng qí yáng, zé mài liú bó jí, bìng nǎi kuáng.
Yáng bù shèng qí yīn, zé wǔ zàng qì zhēng, jiǔ qiào bù tōng.
Traduction
Qí Bó dit :
« Le Yīn conserve l’essence et en permet l’accomplissement ;
le Yáng protège l’extérieur et assure la solidité.
Si le Yīn ne peut contenir le Yáng,
les vaisseaux deviennent rapides et agités, et l’état peut aller jusqu’à la folie.
Si le Yáng ne peut contenir le Yīn,
le Qì des cinq organes entre en conflit,
et les neuf orifices ne communiquent plus. »
是以聖人陳陰陽,筋脈和同,骨髓堅固,氣血皆從。如是則內外調和,邪不能害,耳目聰明,氣立如故。
Shì yǐ shèngrén chén yīn yáng, jīn mài hé tóng, gǔ suǐ jiān gù, qì xuè jiē cóng.
Rú shì zé nèi wài tiáo hé, xié bù néng hài, ěr mù cōng míng, qì lì rú gù.
Traduction
C’est pourquoi le Sage ordonne le Yīn et le Yáng :
les tendons et les vaisseaux sont en harmonie,
les os et les moelles sont solides,
le Qì et le Sang circulent correctement.
Ainsi, l’intérieur et l’extérieur sont équilibrés,
les influences perverses ne peuvent nuire,
les oreilles et les yeux sont clairs et aiguisés,
et le Qì se maintient comme à l’origine.
風客淫氣,精乃亡,邪傷肝也。
Fēng kè yín qì, jīng nǎi wáng, xié shāng gān yě.
Traduction
Lorsque le Vent s’installe et que les influences perverses envahissent,
l’essence se dissipe ;
le facteur pathogène lèse alors le Foie.
因而飽食,筋脈橫解,腸澼為痔。
Yīn ér bǎo shí, jīn mài héng jiě, cháng pì wéi zhì.
Traduction
À la suite d’une alimentation excessive,
les tendons et les vaisseaux se relâchent et se désorganisent transversalement ;
les troubles intestinaux évoluent alors en hémorroïdes.
因而大飲,則氣逆。
Yīn ér dà yǐn, zé qì nì.
Traduction
À la suite d’une consommation excessive de boissons,
le Qì se rebelle et remonte à contre-courant.
因而強力,腎氣乃傷,高骨乃壞。
Yīn ér qiáng lì, shèn qì nǎi shāng, gāo gǔ nǎi huài.
Traduction
À la suite d’efforts excessifs et de contrainte physique,
le Qì des Reins est lésé,
et les os s’altèrent et se détériorent.
凡陰陽之要,陽密乃固,兩者不和,若春無秋,若冬無夏。因而和之,是謂聖度。
Fán yīn yáng zhī yào, yáng mì nǎi gù, liǎng zhě bù hé, ruò chūn wú qiū, ruò dōng wú xià.
Yīn ér hé zhī, shì wèi shèng dù.
Traduction
De manière générale, l’essentiel du Yīn et du Yáng est que le Yáng soit contenu et préservé, assurant ainsi la solidité.
Si les deux ne sont pas en harmonie, c’est comme un printemps sans automne, ou un hiver sans été.
Ainsi, les harmoniser constitue la juste mesure du Sage.
故陽強不能密,陰氣乃絕。
Gù yáng qiáng bù néng mì, yīn qì nǎi jué.
Traduction
Ainsi, si le Yáng est trop fort et ne peut être contenu,
le Qì du Yīn s’épuise et s’éteint.
陰平陽秘,精神乃治;陰陽離決,精氣乃絕。
Yīn píng yáng mì, jīng shén nǎi zhì;
yīn yáng lí jué, jīng qì nǎi jué.
Traduction
Lorsque le Yīn est équilibré et le Yáng contenu,
l’essence et l’esprit sont en harmonie.
Lorsque le Yīn et le Yáng se séparent et se rompent,
l’essence et le Qì s’éteignent.
因於露風,乃生寒熱。
Yīn yú lù fēng, nǎi shēng hán rè.
Traduction
Sous l’influence de la rosée et du vent,
apparaissent alors des alternances de froid et de chaleur.
是以春傷於風,邪氣留連,乃為洞泄。
Shì yǐ chūn shāng yú fēng, xié qì liú lián, nǎi wéi dòng xiè.
Traduction
Ainsi, lorsque l’on est atteint par le Vent au printemps,
le facteur pathogène persiste et s’attarde,
et cela se manifeste par des diarrhées abondantes (dòng xiè).
夏傷於暑,秋為痎瘧。
Xià shāng yú shǔ, qiū wéi jiē nüè.
Traduction
Si l’on est atteint par la chaleur en été,
cela se transforme à l’automne en accès de paludisme (jiē nüè).
秋傷於濕,上逆而咳,發為痿厥。
Qiū shāng yú shī, shàng nì ér ké, fā wéi wěi jué.
Traduction
Si l’on est atteint par l’humidité en automne,
le Qì se rebelle vers le haut et provoque la toux ;
cela évolue en flaccidité (wěi) et en collapsus (jué).
冬傷於寒,春必溫病。
Dōng shāng yú hán, chūn bì wēn bìng.
Traduction
Si l’on est atteint par le froid en hiver,
au printemps apparaîtront inévitablement des maladies de type chaleur (wēn bìng).
四時之氣,更傷五臟。
Sì shí zhī qì, gèng shāng wǔ zàng.
Traduction
Les Qì des quatre saisons,
lorsqu’ils sont inappropriés ou en excès, blessent à leur tour les cinq organes.
陰之所生,本在五味;陰之五宮,傷在五味。
Yīn zhī suǒ shēng, běn zài wǔ wèi;
yīn zhī wǔ gōng, shāng zài wǔ wèi.
Traduction
Ce qui engendre le Yīn prend sa racine dans les cinq saveurs ;
les cinq palais du Yīn sont aussi lésés par les cinq saveurs.
是故味過於酸,肝氣以津,脾氣乃絕。
Shì gù wèi guò yú suān, gān qì yǐ jīn, pí qì nǎi jué.
Traduction
Ainsi, lorsque la saveur acide est consommée en excès,
le Qì du Foie se surcharge en liquides,
et le Qì de la Rate s’épuise.
味過於鹹,大骨氣勞,短肌,心氣抑。
Wèi guò yú xián, dà gǔ qì láo, duǎn jī, xīn qì yì.
Traduction
Lorsque la saveur salée est consommée en excès,
le Qì des os s’épuise,
les muscles se rétractent,
et le Qì du Cœur est inhibé.
味過於甘,心氣喘滿,色黑,腎氣不衡。
Wèi guò yú gān, xīn qì chuǎn mǎn, sè hēi, shèn qì bù héng.
Traduction
Lorsque la saveur sucrée est consommée en excès,
le Qì du Cœur devient oppressé et haletant,
le teint s’assombrit,
et le Qì des Reins perd son équilibre.
味過於苦,脾氣不濡,胃氣乃厚。
Wèi guò yú kǔ, pí qì bù rú, wèi qì nǎi hòu.
Traduction
Lorsque la saveur amère est consommée en excès,
le Qì de la Rate ne parvient plus à humidifier,
et le Qì de l’Estomac devient épais et pesant.
味過於辛,筋脈沮弛,精神乃央。
Wèi guò yú xīn, jīn mài jǔ chí, jīng shén nǎi yāng.
Traduction
Lorsque la saveur piquante est consommée en excès,
les tendons et les vaisseaux deviennent affaiblis et relâchés,
et l’essence-esprit s’épuise et s’altère.
是故謹和五味,骨正筋柔,氣血以流,腠理以密,如是則骨氣以精。謹道如法,長有天命。
Shì gù jǐn hé wǔ wèi, gǔ zhèng jīn róu, qì xuè yǐ liú, còu lǐ yǐ mì, rú shì zé gǔ qì yǐ jīng.
Jǐn dào rú fǎ, cháng yǒu tiān mìng.
Traduction
C’est pourquoi, en harmonisant avec soin les cinq saveurs,
les os sont droits, les tendons souples,
le Qì et le Sang circulent librement,
et les tissus cutanés deviennent denses et protégés.
Ainsi, le Qì des os devient raffiné.
En observant le Dào selon ses lois,
on conserve durablement le mandat céleste (longévité).
Commentaire global du chapitre 3 – 生气通天论
Ce chapitre est l’un des piliers du Huángdì Nèijīng. Il ne décrit pas seulement des mécanismes physiologiques : il expose une cosmologie vivante de la santé, où l’homme est envisagé comme un être entièrement inscrit dans le mouvement du Ciel et de la Terre.
Dès l’ouverture, une idée essentielle est posée : vivre, c’est être en communication avec le Ciel (通天 tōng tiān). Cette communication ne relève pas d’une abstraction spirituelle, mais d’une réalité concrète et incarnée. Elle se manifeste dans la respiration, dans la circulation du Qì, dans l’alternance veille-sommeil, dans la réponse aux saisons. L’homme est un système ouvert, traversé par les influences célestes. La santé dépend de la qualité de cette résonance.
Le texte établit ensuite que cette connexion repose entièrement sur l’équilibre du Yīn et du Yáng. Le Yīn conserve, structure, enracinne ; le Yáng protège, mobilise, exprime. Mais leur relation n’est pas symétrique : le chapitre insiste particulièrement sur la nécessité d’un Yáng contenu (阳密 yáng mì). Un Yáng trop dispersé ou trop fort détruit le Yīn ; un Yáng insuffisant ne protège plus. Cette idée est centrale en clinique : préserver le Yáng ne signifie pas l’exalter, mais le contenir dans sa juste fonction de protection et de rayonnement maîtrisé.
Le Yáng est décrit comme analogue au Soleil. Il éclaire, réchauffe, protège l’extérieur, notamment à travers le Wèi Qì (卫气). Le cycle journalier devient alors une clé fondamentale : naissance du Qì à l’aube, apogée à midi, retrait au soir. Ce rythme impose une hygiène de vie très précise. Ne pas respecter ces cycles, c’est aller à l’encontre du mouvement du Ciel, et donc affaiblir progressivement le corps.
Dans cette perspective, les facteurs pathogènes (Vent, Froid, Chaleur, Humidité) ne sont pas seulement des causes externes. Ils deviennent dangereux lorsque l’homme est désynchronisé. Le Vent, notamment, est désigné comme « l’origine des cent maladies », car il symbolise la pénétration du désordre dans un système ouvert. Mais si le corps est harmonisé, les tissus sont fermés et protégés, et même les influences violentes ne peuvent atteindre l’organisme. La protection n’est donc pas une fermeture rigide, mais une juste régulation de l’ouverture et de la fermeture (开阖 kāi hé).
Le texte développe ensuite une vision extrêmement fine des mécanismes pathologiques. Chaque excès — climatique, émotionnel, alimentaire ou comportemental — perturbe la dynamique du Qì. La colère fait monter le sang, la chaleur disperse, l’humidité alourdit, le froid contracte. Ce ne sont pas des descriptions isolées, mais les manifestations d’un principe unique : la perte de régulation du Yáng et du Yīn.
Une partie remarquable du chapitre concerne les excès alimentaires et les cinq saveurs. Ce qui nourrit peut aussi blesser. Les saveurs, liées aux cinq organes, participent à la construction du Yīn, mais leur excès perturbe profondément l’équilibre interne. On retrouve ici une loi fondamentale : tout ce qui soutient la vie, s’il est mal utilisé, devient cause de maladie. Cette idée est directement transposable à la pharmacopée comme à la diététique.
Le chapitre insiste également sur les conséquences du surmenage, des excès sexuels, des efforts physiques excessifs : autant de causes d’atteinte du Jīng (精) et du Qì des Reins, fondement de la vitalité. On retrouve ici une cohérence parfaite avec l’alchimie interne daoïste, où la préservation de l’essence est la condition de toute transformation.
Un autre axe majeur est celui de la temporalité. Une atteinte survenue à une saison donnée peut se transformer et apparaître plus tard sous une autre forme. Cela montre que la maladie est un processus dynamique, et non un événement ponctuel. Le corps garde mémoire des déséquilibres, qui évoluent selon les cycles du temps.
La conclusion du chapitre est d’une grande puissance :
« 阴平阳秘,精神乃治 » — lorsque le Yīn est équilibré et le Yáng contenu, l’essence et l’esprit sont en ordre.
À l’inverse, la séparation du Yīn et du Yáng conduit à l’extinction du Qì et du Jīng.
Cette phrase résume toute la médecine chinoise, mais aussi toute la voie daoïste. La santé n’est pas seulement l’absence de maladie : elle est un état d’unité intérieure, où les polarités ne s’opposent plus mais coopèrent.
Dans une lecture plus profonde, ce chapitre peut être compris comme une véritable instruction alchimique. Communiquer avec le Ciel, c’est faire circuler le Qì de manière juste, stabiliser le Yáng, nourrir le Yīn, préserver l’Essence, et clarifier le Shén. C’est exactement le travail décrit dans les cartes comme le Nèijīng Tú ou le Xiūzhēn Tú : transformer le corps en un espace harmonisé entre Ciel et Terre.
Ainsi, ce texte n’est pas seulement un traité médical :
c’est une voie de vie.
Il nous enseigne que :
- la santé dépend de l’accord avec les rythmes naturels,
- la maladie naît de la rupture de cet accord,
- et la sagesse consiste à maintenir l’harmonie du Yīn et du Yáng dans chaque aspect de l’existence.
En ce sens, le médecin véritable n’est pas seulement celui qui traite, mais celui qui comprend et accompagne cette mise en accord avec le Dào.