Nèi Jīng Tú 內經圖 - la Carte du Paysage Intérieur

Apprendre à visualiser son paysage intérieur

Une carte pour entrer dans le paysage du corps

La Carte du Paysage Intérieur, Nèi Jīng Tú 內經圖, (littéralement la Carte du Classique Interne), n’est pas une illustration symbolique parmi d’autres. Elle est une porte d’entrée dans l’expérience intérieure.

Sous la forme d’un paysage montagneux épousant la silhouette humaine, elle enseigne une chose essentielle : le corps n’est pas une mécanique, mais un territoire sacré.

Montagnes, rivières, champs, ponts, palais et astres composent cette géographie subtile. La colonne vertébrale devient chaîne montagneuse. Les Dāntián deviennent des bassins d’énergie. Le souffle circule comme la Voie Lactée.

Contempler la Carte du Nèi Jīng Tú, c’est déjà commencer à entrer dans la pratique.

Une préparation au Cún Sī 存思

Dans la tradition daoïste, la méditation par visualisation, Cún Sī 存思, “conserver et contempler intérieurement”, consiste à habiter le corps comme un sanctuaire vivant. La Carte du Nèi Jīng Tú est un support privilégié de cette pratique. Elle apprend à visualiser les palais internes, à sentir la circulation ascendante et descendante du souffle, à localiser les champs de cinabre et à comprendre le mouvement du courant inversé. Avant même d’être technique, elle est pédagogique : elle forme l’imaginaire énergétique. Là où la médecine chinoise décrit des fonctions, la Carte du Nèi Jīng Tú les rend visibles.

Une carte du raffinement alchimique

La carte décrit le processus de raffinement intérieur (liàn ) :

Raffiner l’Essence (Jīng ), la transformer en Souffle (Qì ), l’élever en Esprit (Shén ), puis retourner à la Vacuité.

Les scènes figurées comme les enfants actionnant la roue hydraulique, le buffle tirant le chariot, l’eau qui descend puis remonte, illustrent les mécanismes du travail interne.

Un vers du Nèi Jīng Tú évoque le mouvement à rebours : « les ignorants suivent la pente naturelle vers la dispersion ; les sages inversent le courant pour retrouver la Source. »

La Nèi Jīng Tú enseigne ainsi le principe fondamental de l’alchimie interne : remonter le fleuve du destin biologique.

Une œuvre au croisement des traditions

Bien que fondamentalement daoïste, la carte porte l’empreinte du dialogue entre les Trois Sagesses.

Le Niwán 泥丸, du sanskrit nirvana, la Pilule de Boue du sommet crânien, évoque autant la physiologie subtile daoïste que l’idée d’éveil spirituel. Le corps devient temple, montagne sacrée, et lieu de réalisation. Cette profondeur symbolique en fait un outil aussi précieux pour l’étudiant en médecine chinoise, le pratiquant de Qì Gōng et le chercheur en traditions spirituelles.

Une clé parmi quatre cartes majeures

La Carte du Nèi Jīng Tú n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un ensemble cohérent de cartes alchimiques :

  • Nèi Jīng Tú內經圖 : apprendre à visualiser son paysage intérieur.
  • Xiū Zhēn Tú 修真圖 : connaître les canaux, passages et mécanismes précis de transformation.
  • Huǒ Hòu Tú 火候圖 : comprendre l’intensité du feu (du travail interne), le rythme du travail selon les cycles et les jours de l’année.
  • Xìng Xīn Tú 性心圖 : l’art de la méditation apaisée, qui concentre et intègre l’enseignement des trois premières cartes.

La Nèi Jīng Tú est la première porte : celle de l’imaginaire énergétique.

Le kakémono : un support vivant d’enseignement

Accrochée dans un cabinet, une salle de pratique ou un lieu d’étude, la Carte du Nèi Jīng Tú devient nn support pédagogique pour expliquer les Dāntián et l’orbite microcosmique, un appui pour la méditation Cún Sī, un rappel quotidien de la dimension sacrée du corps.

Le format kakémono permet de retrouver la verticalité originelle de la carte, respectant sa dimension contemplative.

Plus qu’un objet décoratif, c’est un outil de transmission.

Pour aller plus loin

Dans son ouvrage Voyage dans les Cartes du Corps Daoïste, Romain Gourmand propose une traduction et un commentaire détaillé des inscriptions et symboles de la Carte du Nèi Jīng Tú, mettant en lumière leur dimension alchimique et opérative.

Mais la carte elle-même reste un maître silencieux. Il suffit parfois de la contempler longuement… pour que le paysage intérieur commence à apparaître.

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