Connaître les canaux et les mécanismes de la transformation
Une carte pour entrer dans la structure du travail intérieur
La Carte de la Culture de la Perfection, Xiū Zhēn Tú 修真圖, n’est pas un paysage symbolique comme le Nèi Jīng Tú. Elle est une carte technique.
Là où le paysage enseigne à voir, la Carte du Xiū Zhēn Tú enseigne à comprendre. Elle montre les passages, les centres, les circulations, les mécanismes précis par lesquels l’être humain transforme son énergie brute en réalité spirituelle.
Le corps n’y apparaît plus comme une montagne habitée, mais comme un système organisé de canaux, de champs et de portes.
Contempler la Carte du Xiū Zhēn Tú, c’est commencer à structurer sa pratique.

Une cartographie des passages et des centres
La Xiū Zhēn Tú décrit avec précision : Les trois Dāntián (champ de cinabre), le Mìngmén 命門, (Porte de la Destinée), le Niwán 泥丸 ou Pilule de Boue au sommet du crâne, les axes verticaux de circulation, les étapes du raffinement alchimique.
Elle permet de situer les lieux de transformation et de comprendre les trajets du souffle dans l’orbite microcosmique.
Là où la médecine chinoise nomme les méridiens, la Carte du Xiū Zhēn Tú en montre l’intégration dans un processus alchimique global.
Elle n’est pas anatomique au sens occidental, mais opérative : elle montre ce qui doit être vécu.
Une carte du processus de raffinement
Comme le Nèi Jīng Tú, la Carte duXiū Zhēn Tú décrit le mouvement du liàn 煉, le raffinement :
Raffiner l’Essence (Jīng 精), Transformer l’Essence en Souffle (Qì 氣), Élever le Souffle en Esprit (Shén 神), Ramener l’Esprit au Vide originel.
Mais ici, le processus est présenté comme un enchaînement structuré de phases.
Les textes inscrits sur la carte évoquent les étapes, et les précautions de la pratique alchimique. On comprend que l’alchimie interne n’est pas une improvisation mystique, mais un art exigeant, progressif, méthodique.
La carte du Xiū Zhēn Tú est la carte du pratiquant engagé.
Entre cosmologie et physiologie subtile
La carte relie le corps humain au cosmos. Les trigrammes, les cycles des Cinq Mouvements, les correspondances célestes et terrestres s’inscrivent dans la géographie corporelle.
Le pratiquant devient un microcosme où se rejoue l’ordre cosmique.
Dans cette perspective, cultiver la perfection (xiū zhēn 修真) ne signifie pas devenir parfait moralement, mais revenir au Réel, à ce qui est authentique et non dispersé.
Une clé parmi quatre cartes majeures
La carte du Xiū Zhēn Tú s’inscrit dans un ensemble cohérent de cartes alchimiques :
Nèi Jīng Tú 內經圖 : apprendre à visualiser son paysage intérieur.
Xiū Zhēn Tú 修真圖 : connaître les canaux, passages et mécanismes précis de transformation.
Huǒ Hòu Tú 火候圖 : comprendre l’intensité du feu, le rythme du travail selon les cycles et les jours de l’année.
Xìng Xīn Tú 性心圖 : l’art de la méditation apaisée qui concentre et intègre l’enseignement des trois premières cartes.
Si le Nèi Jīng Tú ouvre l’imaginaire énergétique, la Carte du Xiū Zhēn Tú en donne la structure technique.
Le kakémono : un outil d’étude et de transmission
Présentée en format kakémono, la Xiū Zhēn Tú retrouve sa verticalité originelle.
Accrochée dans un cabinet, une salle de pratique ou un lieu d’étude, elle devient un support pédagogique pour expliquer les axes de circulation, un outil pour situer les Dāntián et les centres majeurs, un appui pour la petite circulation céleste, un rappel constant de la rigueur nécessaire à l’alchimie interne.
Plus qu’une décoration, elle est une carte vivante.
Pour aller plus loin
Dans son ouvrage Voyage dans les Cartes du Corps Daoïste, Romain Gourmand propose une traduction et un commentaire détaillé des inscriptions de la Carte de la Culture de la Perfection Xiū Zhēn Tú, éclairant leur dimension opérative et cosmologique.
Mais comme toute véritable carte, elle ne remplace pas l’expérience. Elle accompagne le marcheur. Et c’est en la contemplant longuement que l’on commence à comprendre :
la transformation n’est pas une idée, c’est un chemin.