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Un point au fil des Saisons… 24DM Shén Tíng 神庭 – Cour du Shén

Article paru dans le MTC Mag n°88 - juin 2026

Comment le point 24DM Shén Tíng 神庭, « Cour du Shén », peut-il stabiliser l’Esprit au cœur de l’été, lorsque le Feu atteint son apogée ? Situé à la frontière du front et du ciel intérieur, ce point nous enseigne à accueillir la lumière sans nous y perdre, à laisser rayonner le Shén sans le disperser.

24DM Shén Tíng 神庭 – Cour du Shén

L’été correspond au Cœur, au Feu, à l’expansion maximale du Yáng. C’est la saison où tout s’ouvre, où la lumière atteint son zénith, où le Shén peut rayonner pleinement. Mais cette ouverture comporte un risque : celui de la dispersion, de l’agitation, de la perte du centre.

Situé à l’extrémité céphalique du Dū Mài, Shén Tíng apparaît alors comme un point de régulation majeur : non pas pour fermer, mais pour ordonner la lumière.

Un nom évocateur

Le nom 神庭 Shén Tíng se compose de deux idéogrammes d’une grande richesse.

Shén (fig.1) désigne le principe spirituel venu du Ciel. Dans ses formes anciennes, il associe le Soleil, la Lune et les étoiles : ce sont les influences célestes descendantes, responsables de l’animation du vivant. Pour Wieger [1] ; le radical représente les deux lignes horizontales qui sont l’ancienne forme du caractère , haut supérieur ; elles signifient ici le ciel. Les trois lignes verticales , figurent ce qui pend au ciel, à savoir le soleil, la lune et les étoiles dont les mutations révèlent aux hommes les choses transcendantes. Pour la partie droite, ce sont deux mains qui étendent une corde, avec l’idée d’extension, d’expansion. Plus tard, la corde dressée fut interprétée comme étant un homme debout, qui se ceint avec ses deux mains. Tout cela est moderne. La caractère ancien fut une primitive figurant l’expansion alternant des forces naturelles. Pour le Shuō Wén [2], ce sont les esprits du Ciel qui amènent tous les êtres à la réalisation de leur existence.

Fig. 1 : Étymologie de  d'après Philippe LAURENT [3]

Tíng , quant à lui, désigne la cour, l’espace situé devant une salle principale, souvent un palais. C’est un lieu de réception, d’accueil, de mise en présence.

D’après Wieger (W59I), c’est  la maison ouverte d’un côté, l’appentis, le hangar, la remise oùindique la crête du toit (ne pas confondre avec (W36A), la case fermée) ; et d’après Wieger (W81F),  est se rendre à la cour pour s’y tenir à sa place , à une séance plénière. Le prince trônait devant la porte intérieure ; les ministres se tenaient sur deux files, à droite et à gauche, sous une espèce de grande véranda couverte mais ouverte, ou dans la cour. Chacun tenait le sceptre de jade, marque de sa dignité. Pour le Shuō Wén, c’est la cour centrale entre les corps de bâtiment

Fig. 2 : Étymologie de  d'après Philippe LAURENT [3]

Ainsi, Shén Tíng peut se comprendre comme :

·         la cour où se manifeste le Shén

·         le lieu où l’Esprit est reçu, stabilisé, organisé

Ce n’est pas encore le sanctuaire intérieur, mais l’espace juste avant :
un lieu de passage, de mise en ordre, de clarification.

Les noms secondaires : seuil et axe du vivant

Le point porte également des noms secondaires [4] particulièrement éclairants.

Fà Jì 髮際, la « frontière des cheveux », désigne la ligne d’implantation capillaire. Mais au-delà de l’anatomie, cette appellation révèle une notion essentielle : celle de limite. Ce point se situe exactement à la lisière entre le visage, lieu de relation au monde et le crâne, siège des fonctions supérieures. Il marque un seuil, un passage entre extérieur et intérieur. Une frontière où s’opère un tri subtil : ce qui entre, ce qui sort, ce qui est intégré.

Dans le contexte du Feu estival, cette frontière devient cruciale : elle empêche la lumière de se transformer en agitation.

Le second nom renvoie directement au Dū Mài 督脈, le vaisseau Gouverneur. Le caractère signifie superviser, diriger, gouverner. Le Dū Mài est l’axe du Yáng, la colonne énergétique qui élève les souffles vers la tête. Shén Tíng en constitue l’une des extrémités les plus subtiles, le point où le Yáng devient conscience, le lieu où l’énergie se transforme en présence.

Lecture holographique : C1, l’atlas du Shén

Dans l’approche holographique, notamment développée par le Dr Tan, le crâne peut être compris comme une projection du corps entier. Dans cette cartographie, Shén Tíng correspond à la première vertèbre cervicale : C1, l’atlas. L’atlas porte la tête. Il est le point d’équilibre entre la structure corporelle et les fonctions supérieures.

De la même manière Shén Tíng porte le Shén. Comme C1, il est un pivot, un point de transition, un lieu d’ajustement permanent. Lorsque cette zone est perturbée on retrouve des tensions cervicales hautes, des vertiges, de l’agitation mentale et de la difficulté à « tenir sa tête » . La correspondance n’est pas seulement anatomique, elle est profondément énergétique : ce qui soutient la tête soutient aussi la conscience.

Localisation : entre regard et conscience

 

Fig. 3 : FOCKS Claudia - Atlas d'acupuncture - p.522 [5]

Le 24DM Shén Tíng se situe à 0,5 cùn au-dessus de la ligne d’implantation des cheveux, dans la ligne médiane (fig.3).

Mais cette localisation ne doit pas être comprise uniquement de manière anatomique. Shén Tíng est un véritable carrefour énergétique, un lieu de convergence entre plusieurs dynamiques méridiennes majeures. Il est en effet un point de croisement entre :

·         le Dū Mài (督脈), axe central du Yáng et voie d’élévation du Shén

·         le Zú Tài Yáng Vessie, qui porte la mémoire du corps, les tensions profondes et la relation au système nerveux

·         le Zú Yáng Míng Estomac, méridien riche en Qì et en Sang, lié à la clarté mentale, à la perception et à la structuration du réel

Ce croisement n’est pas anodin. Il relie la verticalité du Dū Mài, la profondeur réflexe du Tài Yáng et la clarté lumineuse du Yáng Míng. Autrement dit, Shén Tíng est le lieu où l’axe central rencontre les fonctions périphériques, la conscience rencontre la sensation, le Shén rencontre le corps. Le Yáng Míng, « mer du Qì et du Sang », apporte la matière, la densité, la capacité de discernement. Le Tài Yáng, plus défensif et archaïque, véhicule les réactions profondes, les inscriptions du vécu. Le Dū Mài, lui, conduit le mouvement ascendant vers le sommet et l’éveil.

Le point 24DM Shén Tíng répond au point 40E Fēnglóng 豐隆 qui contrôle la manière dont nous nous situons dans le monde extérieur [6].

Symptomatologie et indications classiques

Shén Tíng est utilisé dans la montée excessive du Yáng, le Vent interne et les troubles du Shén. Il possède des indications sur les palpitations, l’asthme et les dyspnées, les nausées et vomissements d’origine nerveuse, et la soif.

Il a également des actions sur les yeux, le coryza, les vertiges, les névralgies frontales, l’épilepsie d’étiologie Vent, mais aussi la surexcitation, le chagrin excessif, l’anxiété, l’angoisse. Par son lien avec le point 40E Fēnglóng il est indiqué lorsque l’on « monte sur la table, chante, rejette ses vêtements », lorsqu’on ne reconnait plus son entourage.

Résonance estivale

En été, tout pousse vers le haut, tout s’ouvre, tout s’exprime. Mais sans ancrage le Feu devient agitation,  la joie devient excitation, la lumière devient dispersion.

Shén Tíng rappelle que le sommet doit rester calme pour que la base soit stable.

C’est un point d’alignement entre axe et expansion, entre lumière et présence, entre mouvement et stabilité.

En cette année du Cheval de Feu (Bǐng Wǔ 丙午, 2026)

L’année du Cheval de Feu (Bǐng Wǔ 丙午) correspond à une configuration énergétique particulièrement intense : le Feu céleste ( Bǐng) sexprime à travers le Cheval ( Wǔ), branche terrestre elle-même associée au Feu en son apogée. Nous sommes ici dans une double activation du Yáng : un Feu qui monte, un mouvement qui accélère et une dynamique d’expansion qui ne connaît plus de frein. Dans ce contexte, le Shén est directement sollicité.

L’esprit devient plus rapide, plus intuitif, mais aussi plus instable. Les pensées s’enchaînent, les émotions s’intensifient, la conscience peut se projeter vers l’extérieur sans revenir à son centre. Le risque n’est pas le manque d’énergie, mais son excès : agitation mentale, dispersion du Shén, insomnie, excitation, emballement émotionnel.

C’est ici que 24DM Shén Tíng 神庭 révèle toute sa pertinence. Contrairement à des points qui enracinent ou font descendre, Shén Tíng agit à un autre niveau : il structure le sommet, il organise la lumière du Feu, il permet au Shén de demeurer clair sans se disperser. Dans une année de Cheval de Feu, le mouvement naturel est d’aller toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus haut. Shén Tíng ne s’oppose pas à ce mouvement. Il en devient le régulateur silencieux.

Il agit comme une cour intérieure au sommet du crâne, un espace où le Feu peut se déposer sans brûler, où la conscience peut s’éclairer sans se fragmenter.

Dans cette année, travailler Shén Tíng, c’est éviter que la clarté ne devienne agitation, permettre à l’inspiration de rester incarnée et transformer la vitesse en lucidité. Là où le Cheval de Feu pousse à l’expansion, Shén Tíng enseigne la maîtrise du sommet.

Ainsi, en cette année particulièrement dynamique, Shén Tíng devient un point clé pour préserver l’équilibre non pas calmer le Feu, mais lui donner une forme juste.

 

[1] Le Petit Monde Merveilleux des Points d’Acupuncture – Henning Strøm – Ed. You Feng

[2] : 《說文解字》Shuō Wén Jiě Zì - « Expliquer les figures et analyser les caractères ».

[3] : L’esprit des points – Philippe Laurent – Ed. You Feng

[4] : Dictionnaire des points d'acupuncture – Tome 1 et 2 – Gérard Guillaume, Mach Chieu – Ed. Guy Trédaniel éditeur

[5] : Atlas d’acupuncture – Claudia Focks– Ed. Elsevier

[6] : Punctologie générale – AGMAR – Ed. You Feng.